Cra Caille Clan

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 [BG] Cassiopée

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Cassiopée
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MessageSujet: Re: [BG] Cassiopée   Ven 1 Déc - 17:21

-Je t’avoue que je n’aime pas ton clan, et tout spécialement ta fausse reine. Elle vous mène en bateau, tout ce qu’elle veut c’est du pouvoir et de l’argent. Ouvre les yeux, elle n’en a rien à faire de vous. »
Cassiopée écarquilla les yeux et laissa échapper une exclamation de dégoût. Elle détestait qu’on s’en prenne à sa reine, et elle n’allait pas laisser passer cela.
« Désolée mais je ne suis pas d’accord avec vous. Cassi m’a recueillie quand j’étais dans le besoin et m’a aidée à m’en sortir. Si je maîtrise l’arc maintenant c’est grâce à elle.
-Ta vie est faite de soumission, de petites courbettes et de faux sourires. Est-ce réellement ce que tu veux ? »
Il s’approcha de Cassiopée, leurs visages étaient à la même hauteur. Elle ne recula pas.
« Cette partie de ma vie n’est que provisoire, quand Cassi estimera que j’en suis digne elle me lèguera le trône.
-Détrompe-toi, elle te dis cela pour que tu la suives sans poser de questions. »
Il s’approcha encore, la jeune femme pouvait sentir son souffle chaud sur ses lèvres. Elle avança son visage et l’embrassa passionnément. C’était la première fois qu’elle ressentait une telle émotion. Elle passa la main dans les cheveux du Crâ qui continuait à l’embrasser à pleine bouche. Ils restèrent collés l’un à l’autre pendant un court instant, avant de se séparer. Cassiopée ne put détourner son regard de l’homme qui venait de l’embrasser et soupira à nouveau. Elle ressentait un étrange mélange de sentiments. D’un côté, les lèvres si douces de ce beau Crâ l’appelaient, elle sentait le besoin de les effleurer à nouveau, de les toucher, de les embrasser, elle était amoureuse et elle le savait. Mais d’un autre côté, elle se sentait sale et bizarre. Arnev hantait encore son esprit, et le seul moyen de l’en chasser était de passer à autre chose. Seulement elle n’y parvenait pas. Et de plus, ce grand Crâ était un ennemi de Cassi, il la haïssait comme il haïssait sa déesse et les valeurs que Cassiopée chérissaient tant. Elle était face à un grand dilemme, mais ne savait absolument pas comment réagir. Elle se sentait mal, elle ne pouvait pas faire une chose pareille, elle n’était pas sure de ce que son cœur ressentait. Comment avouer à Cassi qu’elle était amoureuse de son ennemi ? Elle se ferait sûrement torturer, peut-être même tuer. Elle ne voulait pas de cela, c’était trop dangereux. Par respect pour sa déesse, elle devait résister à cette tentation. Elle se recula d’un pas et lâcha les mains de Chibi qui la regarda d’un air interrogatif. Cassiopée baissa la tête et essaya de s’expliquer, bien qu’il fut impossible de dire tout ce qu’elle ressentait à ce moment.
« Pardonne moi, Chibi. Je ne peux pas faire une telle chose. Tout ce que je ressens pour toi ne m’autorise pas à succomber à mon envie de me blottir dans tes bras. »
Elle s’arrêta pour retenir ses sanglots. Non elle était plus forte que ça, pas question de pleurer. Elle serra les poings et releva la tête en dévisageant Chibi qui s’exclama :
« Mais arrête donc de torturer ton esprit pour si peu de choses ! Rien ne te retiens ! Enfuis toi de ton fichu CCC et refais ta vie. Libère toi de ces chaînes qui te retiennent depuis si longtemps, enfuis-toi et laisse la se débrouiller toute seule ! Si elle avait besoin de toi elle aurait essayé d’être un peu plus aimable, mais rien ! Elle te torture psychologiquement et tu te laisse faire ! C’en est trop, Cassio, je ne peux plus te voir souffrir ainsi.
-Tu sais donc tout sur ma vie ?
-Suffisamment pour essayer de t’en libérer.
-Tu ne comprends pas ce que je ressens, Chibi. Le seul but de ma vie est de suivre la voie de Crâ. Je dois suivre Cassi, elle est l’élue ! Si elle n’avait pas été là quand j’ai eu besoin d’elle, je serais sûrement morte à l’heure qu’il est. Elle m’a élevée, elle m’a appris ce qu’elle savait, elle m’a entraînée et donné sa confiance, elle m’a nourrie et logée en devant toujours supporter mes caprices. Je l’aime comme ma mère, je l’aime comme ma déesse, elle représente absolument tout pour moi. Si elle devait mourir un jour, je mourrais à sa place s’il le faut. Pourquoi est-ce que je fais tout ça ? Parce que chaque Crâ, oui je dis bien chaque Crâ en ce monde est né pour suivre la voie divine, chaque Crâ doit suivre Cassi et lui obéir, pour tenter de redonner un peu d’ordre dans tout ce chaos. Je sers Bonta, je défends la veuve et l’orphelin contre ces imbéciles de Brâkmariens, je protège les Crâs et ma déesse. Si tout le monde agissait comme le fait le Cra Caille Clan, ce monde serait meilleur. Mais nous devons aussi tuer des gens, parfois. Ceux qui ne se plient pas aux lois, les anarchistes et les révolutionnaires qui sont contre ce monde, qui disent se battre pour la bonne cause, nous devons les empêcher de pourrir ce monde. Ils disent se battre pour la liberté, tout comme tu prétends être libre. Mais qu’est-ce que la liberté au fond ? Tu appelles liberté le fait de pouvoir marcher où tu veux, quand tu veux, de pouvoir t’enfuir si tu te sens trop faible, de pouvoir dire ce que tu penses librement et sans contraintes, d’avoir le choix de ta vie. D’avoir le choix de ne pas t’impliquer dans le combat contre l’anarchie. Mais tu oublies une chose. Sans la discipline, ce monde sera plongé dans les ténèbres, pour ne jamais en ressortir. Tout ce que tu refuses de combattre, tout ce dont tu refuses de t’impliquer te retombera dessus un jour où l’autre, quand les défenseurs du juste, les bontariens et le Cra Caille Clan auront disparu, quand nous serons morts, les choses que tu refuses de combattre t’attaqueront. On ne peut pas fermer les yeux sur les menaces qui planent sur notre province, on ne peut pas dire être libre tant que notre contrée ne sera pas totalement sécurisée. Alors ne dis pas te battre pour la liberté, car, au contraire, tu contribues, toi et les anarchistes de ton genre, à rendre ce monde plus dangereux. »
Elle se sentait libérée. Elle gardait tout ces sentiments pour elle depuis tellement longtemps, elle soupira et dévisagea Chibi, qui ne l’avait pas interrompu une seule fois. Il avait écouté tout ce qu’elle lui avait dit, du début à la fin, il avait bu ses paroles mais sans vraiment y croire. Il sourit à nouveau avant de répondre :
« Eh bien reste donc au CCC. Mais rien ne t’empêche de connaître le bonheur tout en combattant le mal. Je t’aime, Cassiopée, je t’aime de tout mon cœur et tes croyances ne font qu’amplifier ma passion pour toi. Je t’aime.
-Moi… moi aussi je t’aime, Chibi, mais tu es un ennemi de Cassi, et … »
Elle fut interrompue par les lèvres de Chibi qui l’empêchèrent de terminer sa phrase. Elle accompagna ce tendre baiser de caresses dans le dos. Elle se serra tout contre son Crâ. Il avait raison. Cassi ne saurait rien, tout ceci ne durerait que le temps d’une nuit, le temps de l’aimer suffisamment. Puis elle arrêterait là. Ce jeu était trop dangereux pour qu’elle n’y joue plus longtemps, Cassi savait tout ce que son disciple faisait, et elle l’apprendrait tôt ou tard. Mais peu lui importait finalement, elle n’avait qu’une envie, c’était de passer la nuit avec lui.

Quand Cassiopée ouvrit les yeux ce matin-là, le soleil lui réchauffait le visage. Elle bailla lentement, et embrassa une dernière fois Chibi, avant de vérifier que les rideaux étaient toujours fermés pour qu’elle puisse se lever. Elle tira la couverture, qu’elle blottit contre le corps chaud et nu de son Crâ. Elle passa directement sous la douche, avant d’enfiler ses habits, puis regarda une fois de plus cette petite pièce qu’elle allait peut-être quitter à tout jamais. Elle ne put résister et s’approcha encore de Chibi, elle déposa ses lèvres sur son front, puis fit demi-tour, ouvrit la porte et sorti. Une brise fraîche caressait son visage, et le soleil était déjà haut dans le ciel. Elle réfléchit à une excuse. Elle était sensée passer la soirée auprès de Cassi, qu’elle avait complètement oubliée par ailleurs. Elle ne se sentait pas encore prête pour parler de Chibi à Cassi. Mais le QG approchait sans qu’elle trouve une raison à cette soirée manquée, et elle passa la porte en se sentant désemparée. Elle soupira et se dit qu’elle aurait bien le temps de trouver son excuse étant donné que Cassi ne devait l’entraîner que dans l’après midi. Mais elle se trompait. Un bras puissant de garde l’agrippa et la plaqua contre le mur.
« Cassi veut te voir. Tout de suite. Vite. »
Elle garda son calme. Elle voulait simplement savoir pourquoi elle n’était pas venue. Elle se dégagea et lança un regard mauvais au garde avant de lui assurer qu’elle y allait sans tarder. Elle monta les escaliers et bifurqua à droite, mais dès que le garde ne la voyait plus elle courut dans les couloirs pour se cacher dans les toilettes. Mais elle ne gagna pas beaucoup de temps, en effet une autre garde entra dans les toilettes et enfonça la porte, puis elle agrippa Cassiopée et la tira.
« On a dit, tout de suite. »

Elle frappa à la porte du bureau de Cassi qui donna l’ordre d’entrer, poussa Cassiopée à l’intérieur et ferma la porte. Cassi invita son disciple à s’asseoir et ferma la porte à clé. Mauvais signe. Très, très mauvais signe. Cassiopée garda son sang froid, c’était la seule solution pour tenir tête à Cassi. Elle serra les poings, ce qu’elle faisait à chaque fois pour se rassurer, et leva la tête pour fixer Cassi droit dans les yeux. Elle laissa Cassi parler la première, pour lui montrer sa soumission.
« Tu as passé une bonne nuit ? déclara-t-elle d’une voix plus glacée que tout ce que Cassiopée avait entendu jusqu'à maintenant. Encore un très mauvais signe. Elle serra ses poings plus fermement avant de répondre :
- Je suis désolée pour hier soir, mais l’entraînement m’a vraiment fatiguée, je n’avais même plus la force de te prévenir de mon absence. Je suis allée me coucher tout de suite.
La chaleur montait en elle, et elle essaya de toutes ses forces de ralentir le rythme de son cœur, elle devait garder son sang froid, il le fallait à tout prix.
-Oui, tu as l’air bien reposée, tu parviens même à me mentir en me fixant droit dans les yeux. »
Cassiopée déglutit lentement, la sueur perlait sur son front, elle ne baissa pas ses yeux, elle savait qu’elle était capable de rester calme. Mais la panique montait en elle. Comment savait-elle qu’elle mentait ? Elle serra les poings plus fort et se rentra les ongles dans la main. Un petit filet de sang coula le long de ses doigts pour tomber par terre. Cassi ne le remarqua pas et continua de fixer son disciple dans les yeux.
« Je déteste qu’on me mente.
-Je sais, c’est pour ça que je ne mens pas. »
Cassi dégaina une dague et commença à jouer avec, ce qui valut un frisson dans le dos de son disciple. Combien de fois cette dague lui avait déjà transpercé la peau, combien de fois cette dague lui avait fait si mal, combien de fois elle l’avait torturée. Elle grimaça, sans le vouloir. Cassi avait réussi une fois de plus, elle savait exactement comment faire perdre son sang froid à son disciple, elle jouait avec elle. Elle continua de faire passer sa dague d’une main à l’autre, tout en fixant Cassiopée, guettant sa faille. La jeune fille desserra ses poings, car elle commençait à avoir un peu mal, et elle baissa le regard. Elle le regretta aussitôt, mais il était trop tard. Cassi se leva et posa la dague sous le menton de Cassio, et lui releva la tête.
« Tu n’es qu’une idiote. Tu enchaînes les bétises une après l’autre. Je déteste qu’on me mente, dis moi la vérité, où as-tu passé la nuit ? Ou dois-je dire, avec qui ? »
Cassiopée donna un coup dans le poignet de sa reine pour écarter la dague de son cou et se leva, elle recula rapidement vers la porte. Elle agrippa la poignée et tira dessus. La porte ne s’ouvrit pas. Prise de panique, Cassiopée frappa dessus, cria qu’on vienne lui ouvrir, secoua la poignée plus fort. Mais personne ne lui ouvrit. Elle était bel et bien enfermée dans le bureau de Cassi. Elle se retourna et dévisagea Cassi, l’implorant du regard. Elle voulait sortir d’ici, elle ne désirait que ça. Mais sa reine n’était pas du même avis.

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MessageSujet: Re: [BG] Cassiopée   Ven 1 Déc - 17:22

« Eh bien, Cassio, tu as l’air pressée de t’enfuire dis moi.
La flamme qui brillait dans ses yeux était terrifiante. Elle jouait de nouveau avec sa dague, et fixait son disciple sans bouger.
-Laisse moi partir, je t’en prie…
-Ah… je suis désolée mais je ne te laisserai pas y aller tant que tu ne m’auras pas dit où tu as passé la nuit.
-S’il te plait, tu sais déjà tout, j’en suis sure, laisse moi m’en aller… laisse moi tranquille… je t’en prie…
Cassi arrêta de jouer avec sa dague et la tint dans sa main droite. Elle s’avança vers Cassiopée qui recommençait à frapper contre la porte, à hurler qu’on vienne lui ouvrir. Mais sa reine continuait d’avancer, apparemment les gardes avaient reçu l’ordre de ne pas ouvrir. Elle était très proche de Cassiopée maintenant, elle attrapa son cou et la plaqua d’une seule main contre la porte, et posa la pointe de sa dague sur le ventre de la jeune crakette qui se débattait, les larmes aux yeux.
-Dépêche toi. Dis moi tout.
-Aaah… l…lâche moi… s…s’il…s’il te plait…
Cassi appuya un peu plus sa dague contre le ventre de Cassio et commença à percer la chair, très légèrement, comme pour montrer qu’elle ne plaisantait pas. La jeune fille ne dit rien, elle tenta de repousser Cassi, mais elle avait plus de forces qu’elle, et la dague s’enfonçait de plus en plus dans la peau. Le souffle coupé, Cassiopée dégagea ses mains et envoya un coup de poing dans la tête de sa reine. Mais Cassi ne réagit pas, elle se contenta de plonger la lame plus profondément dans le corps de son disciple, qui commençait à s’agiter plus vite. Elle n’avait plus beaucoup de souffle, la main droite de Cassi pressait son cou et l’empêchait de respirer. Elle sentit la dague laminer sa peau et transpercer sa chair. La douleur remontait. Elle se jura que c’était la dernière fois que Cassi arriverait à la torturer. Elle essaya d’envoyer un autre coup de poing, mais elle n’avait plus beaucoup de force et l’impact fut négligeable. La lame était presque enfoncée en entière maintenant, mais Cassi prenait son temps, elle essayait de sentir chaque fibre qui se coupait à son passage. Cassiopée essaya de hurler, elle crut y parvenir mais elle n’était pas sure. Tant pis, elle ne tiendrait plus longtemps, il fallait mettre un terme à tout ça. Elle murmura, avec le peu de forces qu’il lui restait :
-C…Chi…Chibi… »
La douleur s’apaisa aussitôt, sans pour autant disparaître. Mais au moins, elle pouvait respirer maintenant. Cassi la lâcha et retira sa dague de son ventre qui dégoulinait de sang maintenant. La pauvre fille reprit sa respiration, soufflait lentement et posa ses mains sur son ventre, pour essayer d’empêcher le sang de couler plus. Cassi, elle, ne semblait pas pressée d’appeler des soigneurs. Elle regardait son disciple, qui ne bronchait pas, qui tremblait un peu, qui respirait bruyamment.
« Chibi-Camu, exactement. Chibi le traître. La honte de sa race, il a renié Crâ, il déteste sa déesse et le Clan, et toi tu t’envoies en l’air avec lui, pendant que je conclu des affaires avec le chef de Bonta ? Tu te rends compte de ce que tu es en train de faire ? tu es en train de me déshonorer, tu es en train de me trahir. Oui, exactement, trahir. Et tu sais comment je m’occupe des traîtres. »
Elle recommença à jouer avec sa dague, qui était pleine de sang maintenant, en étant complètement conscience de l’effet qu’elle faisait sur son disciple. Cassiopée, elle, était appuyée de tout son poids contre la porte, et pressait son ventre qui saignait de plus en plus. Elle leva rapidement le regard, pour voir Cassi qui jouait de nouveau avec sa dague. Elle leva alors instinctivement sa main sur la poignée, utilisant le peu de forces qu’il lui restait pour essayer en vain d’ouvrir cette porte. Elle tremblait plus fort maintenant, elle ne pouvait plus réprimer les sanglots qui la secouaient en entier. Mais son orgueil la força à se relever. Dans un effort immense, elle s’appuya contre la porte pour se relever, et tint tête à Cassi. Elle respira bruyamment avant de parler :
« Tu as ce… ce que tu voulais maintenant… L… laisse moi partir…
-Je crois que tu n’as pas encore réalisé la gravité de ce que tu viens de faire.
-Si ! si ! je t’assure que je suis consciente… je… arg… je voulais juste m’amuser un peu… mais je t’assure que c’est terminé… je… je te le jure…
-Je ne demande qu’a te croire, mais tu sais très bien que chez toi, le seul moyen qui marche, c’est la dague.
Elle se rapprocha à nouveau de Cassio et posa sa dague à l’extrémité de sa plaie ouverte, ce qui lui arracha un petit cri.
-Non.. non.. je… je t’assure, s’il te plait, je t’assure que je ne recommencerais plus…
-Ca vaudrait mieux pour toi. Tu sais de quoi je suis capable, s’il te plait ne fait pas l’erreur de me défier à nouveau.
-arrrg… je… ah… je te le promets… s’il te plait, enlève… arg… en… enlève ta dague ! »
Cassi retira la lame et ouvrit la porte avec la clé qui pendait à sa ceinture.

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MessageSujet: Re: [BG] Cassiopée   Jeu 22 Fév - 17:37

[hrp] Le CCC est mort, mais j'ai quand même décidé de finir ce que j'ai commencé. Surement personne ne lira la suite, mais peu m'importe, c'est juste histoire de finir mon oeuvre. Merci a tous pour ces deux années de RP, j'ai passé des moments inoubliables. Je vous porterais à jamais dans mon coeur, merci pour tout.

Hélène.[/hrp]

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MessageSujet: Re: [BG] Cassiopée   Jeu 22 Fév - 17:41

Chapitre quatorzième : Les mots qui blessent


Cassiopée posa sa main ensanglantée sur la poignée et ouvrit la porte. Elle se redressa difficilement, et inspira profondément pour calmer les spasmes qui secouaient tout son corps meurtri. Elle passa instinctivement sa main sur son ventre pour évaluer la profondeur de sa blessure. Cassi le remarqua et s’avança doucement vers elle :
« tu veux que je fasse venir un eniripsa ? »
Le regard de la jeune blessée se changea en une flamme de haine. Elle recula de quelques pas, sortant du bureau de son bourreau.
« Laisse moi tranquille. Laisse moi vivre ma vie comme je l’entend. »
Puis elle se retourna, les larmes aux yeux, aveuglée par la douleur qui la submergeait peu à peu. Les entrailles en feu, elle accéléra le pas, sans but particulier. Tout ce qu’elle voulait faire, c’était s’éloigner de cet endroit maudit. Elle déambulait dans le village, saignant abondamment, mais pourtant personne ne semblait s’inquiéter. Les cas de ce genre étaient fréquents, dans la société dans laquelle vivait Cassiopée. Les attaques entre Bontariens et Brâkmariens et les cadavres retrouvés inanimés le long de la route n’étonnaient plus personne. Le chaos régnait d’une main de maître dans la contrée. Mais la jeune Crakette ne s’en souciait pas à cet instant. Seule sa survie comptait pour le moment. Un instant, elle se surpris même à regretter l’aide que Cassi lui avait proposée. Elle continua à errer ainsi dans les rues pendant un instant, avant de s’effondrer contre un mur, à bout de force. Elle reprit son souffle lentement, et s’adossa contre le mur. Elle sentait sa vie lui échapper totalement, comme si son âme décidait enfin de quitter ce corps si meurtri, mais pourtant si beau. Etais-ce cela, la mort ? Elle ne pouvait y croire, car elle ne voulait pas mourir. Pas sans emporter celle qui avait gâché sa vie avec elle. Ces réflexions lui donnèrent mal à la tête. Elle sentait ses membres s’engourdir par le froid, et la douleur se calma. Les tremblements avaient cessé, le corps de Cassiopée était immobile. Ses cheveux flottaient dans le vent frais de la matinée. Ses doigts fins se décrispèrent et sa tête bascula sur son épaule. Au moment où la mort allait emporter la jeune fille, deux mains froides s’emparèrent de son corps et la transportèrent chez elle.
Le soleil brillait lorsque Cassiopée entrouvrit les yeux. Elle reconnut immédiatement le QG du Cra Caille Clan. Qui avait bien pu la transporter ici ? En regardant la chambre de plus près, elle s’aperçut qu’elle était très grande, et ornées de blasons du clan à divers endroits. La porte était haute, et la lumière artificielle inexistante, seul le soleil permettait à Cassiopée de réaliser qu’elle était dans la chambre de Cassi elle-même. Elle eut soudain un flash, se rappelant son agonie et sa mort. Non, pas sa mort. Elle était bien vivante. Elle décida de ne pas rester dans ce lit plus longtemps ; elle se leva donc et s’habilla, sans oublier d’accrocher ses dagues à sa ceinture. Elle constata avec admiration qu’un eniripsa avait fait disparaître complètement sa blessure du matin. Quand elle voulut ouvrir la porte, elle entendit un petit cri venant de la fenêtre. Elle tourna immédiatement la tête, et se retrouva face à son cher piou voyageur, qu’elle prit dans ses bras affectueusement. Elle détacha le parchemin à sa patte et le lut :

Cassio,

Je suis dans le temps Crâ. Je dois te présenter une personne qui désire entrer au Cra Caille Clan. Cassi m’a demandé de te le montrer, elle voudrait ton avis sur lui avant qu’il soit recruté. Passe me voir tout de suite, je t’attend.
Arnev.


Cassiopée attacha sa cape du tofu fou et courut à toutes jambes en direction du temple. Heureusement, la torture ne lui avait laissé aucune séquelles, comme d’habitude elle avait surmonté cette épreuve royalement. Une bouffée de fierté l’envahit, quand elle se demanda combien de fois elle s’était relevée après des coups pareils.

Quand le temple Crâ apparut derrière des arbres, elle accéléra sa course et monta l’escalier quatre à quatre, pour se retrouver face à Arnev. Elle ressentit étrangement une sorte de gène face à lui, en se remémorant la nuit passée avec Chibi. Mais ce sentiment disparut aussi vite qu’il était venu quand un Crâ vêtu de l’uniforme de la garde apparut. Cassiopée s’inclina respectueusement et toisa le nouveau venu du regard.
« Bonjour, je me présente, je suis…
-Je sais très bien qui tu es, petite. »
Le ton cassant de la voix du Crâ coupa net la bonne humeur retrouvée de la jeune disciple. Elle lança un regard noir à Arnev, et s’avança plus près du nouveau.
« Excusez-moi, je voudrais préciser que je suis disciple de Cassi. Si vous désirez entrer au CCC, il vous faudra me plaire. Ce qui, si je puis me permettre, me paraît fort compromis. Mais si vous savez qui je suis, ne perdons pas de temps et dites moi qui vous, vous pouvez bien être. »
Le Crâ sourit et s’inclina à son tour.
« Je me nomme Renard-Noir, Crâ nomade et respectueux envers notre déesse. Je désirerais intégrer vos troupes, si cela m’est permis. »
Le ton ironique qu’il avait employé offusqua la jeune fille, qui aboya un ordre au nouveau. Il prit son arc, et se plaça à l’autre bout de la pièce, pendant que Cassiopée accrochait un blason étincelant au mur.
« Trouez-moi ce blason, et le clan vous ouvrera ses portes. »
Le Crâ sourit, et encocha une flèche. Il banda son arc, tout en gardant l’axe de visée au même niveau que celui du blason, et lâcha la corde au moment où elle était bandée au maximum. La flèche partir à une vitesse hallucinante, et alla se planter en plein milieu du blason qui tomba à terre. Cassiopée sourit, et le jeta à son nouveau propriétaire.
« Bienvenue au CCC.
-Merci, mais je savais que j’allais y arriver. Je suis d’une autre envergure que votre père, vous comprenez… »
Cassiopée se figea et déglutit avec peine. Elle arracha l’arc des mains de son propriétaire et encocha deux flèches. Elle les décocha avec une rapidité presque irréelle et les regarda se planter au centre de deux cibles différentes. Le Crâ pouffa et dégaina deux dagues d’acier qu’il plaça sur le cou de la jeune fille. Elle réagit au quart de tour, se pencha en avant et le fit basculer par dessus elle. Elle décocha ses dagues, qu’elle planta dans le bras droit de sa victime. Il hurla et lâcha ses armes, pendant qu’elle se relevait, et aplatit le pli de sa jupe impeccablement blanche. Le sang se mit à couler le long du bras du Crâ, qui s’était relevé péniblement. Arnev appela alors un eniripsa qui le soigna immédiatement. Décidément, pensa Cassiopée, ces créatures étaient toujours là au bon moment. Elle dévisagea d’un regard glacé le Cra qui avait encore son air hautain, malgré la défaite qu’il s’était vu infliger, puis d’un geste bref arracha le blason de son torse. Il la regarda en esquissant un sourire, ce qu’il n’aurait jamais dû faire. Elle leva la main et l’abattit sur son visage avec une violence inouïe. Le Crâ vacilla sous la surprise et recula de deux pas. Cassio rangea férocement le blason dans son sac et sorti du temple furieuse et ébranlée. Elle marchait vite, serrant les poings, comme toujours. Une fois de plus, elle se retrouvait là, à pleurer sur son sort, comme une gamine. Elle ramassa un caillou qu’elle jeta rageusement par terre. Ne changera-t-elle donc jamais ? Pourquoi se laisse-t-elle toujours marcher sur les pieds ? Elle ne put pas développer ces questions car déjà, Arnev l’avait rattrapé.
« Cassiopée ! Attend ! »

La jeune fille accéléra le pas. Elle ne pourrait pas le regarder dans les yeux après ce qui s’était passé la nuit dernière. Elle lança un regard furtif derrière elle et croisa celui d’Arnev. Elle tourna aussitôt la tête et se mit à courir. Les larmes se formaient a nouveaux dans ses yeux, mais elle les empêcha de venir. Elle décida de ne plus jamais pleurer. Les poings serrés, elle se mit à courir le plus vite possible, entendant la voix d’Arnev qui l’appelait derrière elle, qui l’implorait. Elle accéléra encore, certaine de courir plus vite que lui, étant plus entrainée et plus légère. Elle allait le semer, quand elle aperçut Cassi au bout de la rue. Elle se figea net, incapable de bouger. Son corps meurtri l’empêchait instinctivement de s’approcher d’elle. Arnev la rattrapa, bien évidemment, et compris tout de suite pourquoi elle s’était arrêté. Il la prit par la main et la conduisit à la taverne. Le trajet fut silencieux et tendu. Cassiopée tremblait, et son regard vide était fixé sur un point imaginaire devant elle. Visiblement, elle était traumatisée. Arrivés à la taverne, il commanda rapidement deux bières et l’installa sur un tabouret, à sa table préférée, dans le fond de l’auberge. Il la dévisagea un instant. Elle était si belle, mais intouchable. Il se devait de la protéger. Lorsqu’elle revient à elle, il lui tendit la chope de bière qu’il avait demandée et lui sourit faiblement. Pour tout remerciement, elle se jeta sur la boisson et vida la chope d’une traite.
« Est-ce que ça va ?
-Je… oui, je crois.
-Inutile de faire semblant, Cassiopée. Je te connais depuis que tu es toute enfant, je sais bien que tu es troublée.
-Tu me… pardon ? depuis que je suis enfant ? »
Elle leva les yeux vers lui, le fixant intensément. Impossible, elle l’avait rencontrée à la taverne, âgée alors de seize ans. Comment la connaissait-il ? Il sourit, et prit ses mains dans les siennes.
« Peu importe. Il ne faut pas que tu emmagasines ce que tu ressens, Cassiopée, c’est le meilleur moyen de te détruire.
-Je t’assure que je vais très bien.
-Ecoute, ne fais pas attention à Renard-Noir. C’est un homme très orgueilleux, il ne supporte pas de recevoir des ordres… Surtout pas venant de… d’une femme…
-Ah oui, vraiment ? eh bien je ne vois pas pourquoi il désire entrer au CCC alors.
-Moi non plus, je te l’avoue, mais c’est un très grand archer, il ne faut pas laisser passer cette opportunité.
-Bien essayé, mais ma réponse est non. Je ne le laisserais pas entrer. »
Arnev se leva et se plaça devant la fenêtre, dos à Cassiopée. Il soupira et dessina une flèche dans la buée qui s’était formée sur le carreau. Cassiopée resta assise, et prit son inspiration avant de se lancer.
« Tu me connais depuis toute petite ? Tu connaissais donc mon père. Dis-moi qui il était. Parle-moi de lui, de cet homme si secret qui a accompagné quelques années de ma vie. Pourquoi dit-on toujours qu’il était faible et lâche ? »

Elle serra les poings pour ne pas faiblir. Jamais, elle n’avait parlé de son père à qui que ce soit. Arnev avait bien raison, elle gardait ses sentiments bien enfouis dans son inconscient. Mais avec qui aurait-elle pu parler de lui ? Surement pas Cassi. Arnev baissa la tête et lui répondit lentement, sans se retourner.
« Ton père… enfin… il n’était pas réellement celui que tu imagines. Il n’était pas aussi courageux qu’on te l’a fait croire. Et… enfin je… Il n’est pas mort auprès de Cassi.
-… Je… comment ça… tu veux dire que… qu’il est vivant ? »
Cassiopée se leva d’un bond, de l’espoir plein le regard, les larmes recommençant à lui couler le long des joues.
« Non. Pardonne-moi Cassiopée… Mais je ne puis garder tout ceci secret plus longtemps… »
Il se retourna et se plaça debout devant elle, qui recommençait à trembler. Il soupira a nouveau et décida de tout lui avouer.
« Cassiopée, ton père n’est pas mort pour Cassi. Il a simulé sa mort pour pouvoir s’enfuir d’Amakna et élever… hem… élever ta sœur dans la forêt. Je sais, tout ceci peut te paraitre stupide, mais il ne voulait pas que quoi que ce soit puisse freiner ton développement. Tu es une personne très importante, Cassiopée, ne l’oublies pas, tu es vouée à faire de grandes choses. Ton père est donc parti rejoindre la Sadida qui a élevé ta sœur jumelle pendant dix ans. Il t’a enseigné tout ce qu’il savait puis il est parti. Il ne voulait pas fuir… sache le… seulement te protéger.
-Mais… me protéger… de… de quoi ?
-De tous les vices que ta sœur aurait pu t’apporter, de tout le désespoir que tu aurais ressenti en étant attachée à lui et à le voir mourir… Il a décidé de partir le plus tôt possible, tant que tu avais encore une chance de l’oublier… La vie est déjà suffisamment cruelle…
-C’est… c’est n’importe quoi… pourquoi …
-La plupart des villageois qui savaient ce qu’il avait réellement fait ont trouvé que c’était un acte de lâcheté.
-Je ne peux pas croire que… que mon propre père ait fait une chose pareille… Il m’a abandonnée… volontairement…
-C’était pour ton bien
-POUR MON BIEN ?? EST-CE QUE J’AI L’AIR HEUREUSE ?? »
Ces mots lui avaient échappés. Elle frappa la table de ses deux points, et respira bruyamment, pour tenter de se calmer. Elle venait de recevoir un couteau en plein cœur. Cette révélation était en réalité encore pire que ce qu’elle avait cru jusqu'à présent. Son père n’était pas un héros, c’était un lâche qui l’avait abandonnée pour sa sœur. Qui était-elle d’ailleurs, cette sœur jumelle qui lui avait volé son père ? Elle se sentait trahie, détruite de tous les côtés. Et une question la frappa brutalement, irrésistiblement, elle ne put s’empêcher de la poser :
« COMMENT SAIS-TU TOUT CECI SUR MA VIE ET SUR MON PASSE !!! »
Arnev sourit, visiblement il s’attendait à cette question. Il s’approcha encore un peu d’elle et la dévisagea, puis lui répondit d’une voix douce et apaisante :
« Je ne puis te le dire, désolé. Mais tu le sauras un jour, je te le jure sur ma misérable existence. Fais preuve de patience, aiguise tes sens et ton esprit, apprend à penser et devient une grande archère. C’est tout ce que ton père voulait, c’est pour ça qu’il a sacrifié son bonheur en sachant que tu le haïrais quand tu apprendrais ceci. Pense à lui comme à un protecteur, et dis-toi que sa vie aura été faite pour te protéger, toi.
-Il est encore vivant ? Et ma sœur ? Elle est vivante, elle ?
-Hélas, je suis désolé mais j’ai entendu dire qu’un incendie a eu lieu dans la forêt… Je… on a retrouvé le corps de ton père et de la sadida qui a élevé ta sœur, mais elle était trop jeune pour pouvoir s’en sortir toute seule… Je… je suis désolé. »
Les nerfs de Cassiopée lâchèrent alors, elle sanglota violemment, frappa le torse puissant d’Arnev, laissant enfin tout le désespoir qu’elle avait emmagasiné s’échapper, se vidant de toutes les émotions qu’elle n’avait jamais exprimées, elle frappait toujours le torse d’Arnev, puis dans un long gémissement tomba dans ses bras, et pleura à grosses larmes. Il se contenta de la prendre dans ses bras, pleurant silencieusement, déchiré par le malheur qui avait frappé cette fille. En un jour, elle avait appris l’existence de sa sœur et sa mort, le véritable but de son père et son vrai caractère, elle s’était fait torturée par Cassi et s’était brouillée avec Renard-Noir. Cette si belle fille, si innocente ne méritait pas une telle vie. Il lui caressa le dos, tendrement, si frustré de ne pouvoir lui donner tout l’amour dont elle aurait eu besoin.

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MessageSujet: Re: [BG] Cassiopée   Jeu 22 Fév - 17:44

Chapitre quinzième : Renard-Noir



L’escalier n’en finissait plus, le nombre de marches que Cassiopée avait déjà parcouru était incalculable. Mais pourtant, elle savait que jamais elle n’abandonnerait. A bout de forces, elle s’arrêta un instant pour reprendre son souffle et leva la tête vers les marches qui lui restait à parcourir. Quand, tout à coup, elle distingua une silhouette au bout de l’escalier. L’inconnu lui tendit la main, et un rayon de lumière éclaira son visage. Cassiopée sursauta en reconnaissant son père, et sans réfléchir, oubliant la fatigue, elle se remit à courir plus vite qu’elle n’avait jamais couru, avançant sa main dans l’obscurité, espérant toujours pouvoir atteindre son père. Elle le voyait, courrait sans s’arrêter, était à bout de forces mais elle n’en avait que faire, seul son père l’intéressait. Mais elle avait beau courir, monter marches après marches, son père restait inatteignable. Mais elle continuait. Il le fallait. Il la fixait droit dans les yeux, sans ciller, la main tendue en avant, mais plus elle courrait, plus il s’éloignait, toujours souriant. Elle continuait à courir, le plus vite possible, mais il s’éloignait encore et encore, si bien qu’elle finit par ne plus pouvoir le voir. Elle s’arrêta alors, et ressentit une angoisse terrible, un désespoir infini, tandis que l’escalier sans fin se démantelait et tombait dans le vide, emportant Cassiopée avec lui. Elle tombait, tombait, et attendait que la mort vienne la prendre.

Cassiopée se réveilla, tremblante, encore sous le choc des sensations que son rêve lui avait fait ressentir. Voila déjà une semaine qu’elle avait connu la véritable nature de son père, et depuis sept jours, elle faisait le même rêve toutes les nuits. Elle ne parvenait pas à s’habituer au désespoir qui l’emplissait à chaque fois qu’elle revoyait son père. Elle se redressa et respira profondément pour tenter de se calmer. Elle était totalement tétanisée, sans comprendre pourquoi. Elle était maintenant âgée de dix-neuf ans, cela faisait neuf ans qu’elle avait fait le deuil de son père. Mais voila que maintenant, il était revenu et hantait ses nuits. Tout cela était inexplicable, et troublait la jeune femme au plus profond de son être. Elle était entrainée à supporter une douleur physique, mais la souffrance mentale que lui faisait subir le deuxième deuil de son père la dépassait. Elle se sentait faible, vulnérable, comme si toutes ces années d’entrainement intensif étaient restés vains. Elle balaya sa chambre du regard, et attendit que ses yeux soient habitués à l’obscurité pour se lever. Elle se lava et s’habilla, équipant comme d’habitude ses dagues à sa ceinture, quand une angoisse la prit au ventre. Elle se figea, serrant sa dague dans sa main. Cette dague n’avait jamais servi à rien, à part des entrainements stupides et inutiles. Jamais elle ne l’avait utilisée. Elle comprit alors d’où venait son sentiment de faiblesse. Elle était incapable de se défendre. Elle était impressionnante, savait utiliser les mots, mais quand elle se faisait attaquer, jamais elle n’avait pu riposter. C’était une faille que Cassi exploitait depuis longtemps. Tout était clair. Mais que faire ? Elle ne pouvait pas demander à Cassi de l’aider, car alors elle saurait que son disciple avait tout compris. Arnev ? Non, jamais il n’accepterait de lui apprendre à tuer. Il était pacifiste. Alors qui ?
On frappa à la porte. Cassiopée sursauta, et fut violemment sortie de ses pensées. Elle se retourna, rengaina sa dague et ouvrit. Devant-elle se tenait le Crâ qu’elle avait rencontré au temple. Renard-Noir. Elle le toisa un instant, découvrant avec stupéfaction un Crâ fin et distingué, qui se tenait le dos bien droit, son uniforme était impeccable et son arc semblait flambant neuf. Cassiopée se sentit honteuse et passa sa main dans ses cheveux emmêlés. Le Crâ sourit et poussa la jeune femme dans sa maison, puis referma la porte derrière eux. Il s’inclina devant elle, visiblement encore perturbé par leur dernière rencontre.
« Vous vous souvenez de moi ? déclara-t-il d’un ton railleur.
-Bien sûr, et je me souviens aussi vous avoir dit d’oublier le Crâ Caille Clan.

Il sourit, ce qui agaça la jeune Crakette. Il souriait donc tout le temps ? Elle trouva cela stupide, et se jura que jamais elle ne le laisserait entrer dans le Clan.
-Non, mademoiselle, je ne suis pas ici pour ça. Je suis ici pour vous.
-Pour moi ? Vraiment ? Laissez-moi rire, vous vous fichez du monde, seul votre propre sort vous intéresse.
Elle le dévisagea, se disant un instant qu’elle avait peut-être été un peu trop cruelle, mais elle se ravisa.
-Je sais que vous avez des problèmes avec Cassi. Je sais aussi que vous vous sentez faible et vulnérable. »
Cassiopée intensifia son regard, le rendant insoutenable. Pourtant, il ne baissa pas les yeux, bien au contraire, il se remit à sourire. Elle se demanda comment il pouvait bien savoir tout cela. Jamais, jamais elle n’avait parlé à personne de ce qu’elle ressentait. Lisait-il en elle ? Elle passa sa main sur son ventre et sentit la cicatrice de sa dernière entrevue avec Cassi. Elle était bel et bien vulnérable, et elle avait besoin d’aide. Mais saurait-il la lui apporter ?
« Vous savez parfaitement vous battre, en théorie vous seriez même capable de tuer un homme avec une main. En théorie. En êtes-vous capable en réalité ?
-Je ne vois pas pourquoi j’aurais besoin d’apprendre à tuer.
-Vous savez comme moi que Cassi le veut. Et vous savez aussi que vous ne pourrez pas la protéger comme vous vous obstinez à le faire tant que vous ne saurez pas tuer. Que se passera-t-il, le jour où elle aura besoin de vous, si vous n’êtes même pas capable de mettre hors d’état de nuire son agresseur ?
-Je ne veux pas tuer. Je ne suis pas un monstre. »
Renard-Noir s’approcha d’elle et l’empoigna d’une main, la plaquant contre le mur. Une lueur rouge brilla dans ses yeux, Il souriait. Mais c’était un sourire étrange, déformé par la haine. Cassiopée le repoussa violemment et dégaina une dague, sans comprendre ce qui venait de se passer. Il s’écroula à terre, agité de spasmes et tremblant de tout son corps. Affolée, Cassiopée s’agenouilla à ses côtés et lui prit la main. Ses yeux étaient blancs, un filet de sang coulait le long de sa bouche. Elle était effrayée. Il avait raison, elle devait apprendre à tuer, ne serais-ce que pour prendre confiance en elle. L’homme marmonna quelques mots, que Cassiopée ne comprit pas très bien :
« I… Ikki… Ikki… »
Ikki ? Qu’est-ce que ça pouvait bien être ? Le Crâ se figea alors brutalement, et ses yeux retrouvèrent leur aspect normal. Il se releva, péniblement, et regarda autour de lui. Il vit Cassiopée, essoufflée, mal coiffée, et lui lança un regard interrogateur.
« Que… que s’est-il passé ?
-Vous… Vous vous êtes jeté d’un coup sur moi, comme une espèce de… de monstre sanguinaire, je vous ai repoussé un peu violemment et vous êtes tombé par terre, vous étiez agité de spasmes, les yeux blancs… »
Il sembla troublé, effrayé même, mais il n’était plus du tout la personne que Cassiopée avait en face d’elle tout à l’heure. Il était penaud, calme, courbé sur lui-même, et semblait apeuré, dominé par une force inconnue.
« Et… je… enfin est-ce que je… j’ai dit quelque chose ?
-Oui, vous avez parlé d’un certain « Ikki », je ne sais pas qui c’est, désolée … »
Son regard changea tout à coup de l’inquiétude à une terreur profonde. Il s’inclina et s’excusa poliment avant de s’en aller précipitamment.
Cassiopée fut parcourue d’un frisson. Qui était donc cet homme effrayant qui s’était comme emparé du corps de Renard Noir ? L’image de ses yeux rouges lui revenait sans cesse. Elle devait découvrir qui il était, et comment il s’y prenait pour utiliser le corps de Renard Noir. Elle voulait essayer de trouver des réponses à ses questions, mais elle fut interrompue par du bruit. Quelqu’un frappait à la porte, et il avait l’air pressé qu’elle lui ouvre, ce qu’elle fit sans plus attendre. Elle découvrit un homme habillé de l’uniforme du CCC. Un garde. Elle le salua, l’invita à entrer mais il refusa poliment.
« Mademoiselle, je n’ai pas le temps de bavarder…
-Que se passe-t-il donc ?
-C’est… Cassi… elle…
-Cassi ? Que lui est-il arrivé ?
-Elle a été enlevée. »
Il tendit un bout de papier froissé sur lequel quelques mots avaient étés griffonnés à la hâte :

Cassi est entre nos mains. Le règne du Crâ Caille Clan est révolu.

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Dernière édition par le Mar 6 Mar - 15:23, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [BG] Cassiopée   Jeu 22 Fév - 17:49

Chapitre seizième : tuer


Renard-Noir pénétra dans l’auberge vêtu d’une grande robe noire d’ecclésiastique, la capuche recouvrant son visage. Il portait son arc dans son dos, comme toujours, mais il avait aussi deux dagues accrochées à sa ceinture. Il jeta un bref regard dans la grande salle encore inanimée, s’assurant que personne d’indésirable ne s’y trouvait. Il s’installa alors à une table, sortit un bout de papier et une plume et commença à griffonner quelques mots dessus. Il avait l’air calme et serein, bien qu’on ne puisse voir son visage. Il se mit à écrire de longues phrases, se hâtant, comme s’il avait peur que quelqu’un le surprenne. Il lançait fréquemment des regards furtifs vers la petite porte d’entrée qui restait imperturbablement fermée. Lorsqu’il eut terminé d’écrire, il approcha le parchemin de la lumière et s’entreprit de le relire.
« Excusez-moi… »
Renard-Noir sursauta, et fourra instinctivement le bout de papier dans sa poche. Il se leva brusquement et dégaina une dague qu’il brandit vers l’intrus. Ou devrais-je dire l’intruse. Il reconnut Cassiopée qui se tenait devant lui, la mine fatiguée et rongée par un désespoir croissant. Il soupira, rengaina sa dague et baissa sa capuche. Un visage tendu apparut, pourtant éclairé par un faible sourire. Renard-Noir s’inclina et invita la demoiselle à s’asseoir.
« Que faites-vous ici par une heure si tardive ?
-Je pourrais vous retourner la question, monseigneur. Et quel est cet accoutrement ? On dirait que vous vous apprêtez à tuer quelqu’un…
-Pas exactement, mademoiselle… pas exactement… »
Il sourit pour la rassurer, et plongea ses yeux dans les siens.
« Vous vouliez me parler ?
-Je… oui, enfin, c’est une question plus que délicate…
-Je vous écoute. Videz votre cœur, n’ayez pas peur, il n’y a que vous et moi ici. »
Il baissa la tête, attendant qu’elle parle.
« On m’a dit que vous étiez un grand archer, mais que vous maitrisiez encore mieux les dagues… Je sais aussi que vous avez déjà été amené à tuer plusieurs personnes au cours de vos missions…
-et vous voulez que je vous apprenne à tuer. »
Il releva la tête et dévisagea la jeune femme. Il souriait, un sourire étrange, effrayant même. Ses yeux prenaient une teinte rouge, et son regard était insoutenable. Cassiopée se leva et hocha la tête.
« Ma reine a été kidnappée. Je dois pouvoir la sauver. Je dois être capable de tuer son ravisseur, s’il le faut. »
Son sourire s’intensifia, ce qui mit la crakette mal à l’aise.
« Vous êtes avec moi ?
-Naturellement. »
Il se leva, et s’avança près de la jeune femme, son sourire sadique toujours aux lèvres. Instinctivement, elle recula, mais il attrapa son bras et la tira vers lui.
« Oubliez vos peurs. Lorsque vous êtes en danger, votre premier instinct doit être de montrer toute votre puissance à votre adversaire. Les trois quarts d’un combat se passent dans la tête. »
Elle soupira, puis arrêta de reculer, soutenant son regard.
« Frappez-moi, déclara-t-il brusquement.
-Je vous demande pardon ? »
Renard-Noir leva la main et frappa Cassiopée de plein fouet au visage, la faisant vaciller. Elle releva la tête, les yeux humides à cause de l’effet de surprise.
« Mais vous êtes cinglé ??
-Le moindre instant de faiblesse peut vous couter la vie. Il ne faut pas d’hésitation. Mettez vos sentiments de côté et n’ayez pas peur d’attaquer avant que l’on ne vous attaque. J’espère que c’est compris.
-Ou…oui…
-Alors frappez-m… »
Il fut interrompu, car déjà le poing de Cassiopée s’était abattu dans son ventre. Il recula d’un pas, puis sourit à nouveau.
« Voila, c’est bien. Pas d’hésitations. Maintenant, préparez votre dague et attendez-moi ici, je reviens. »

Elle n’était pas rassurée, mais pourtant il le fallait. Elle faisait cela pour Cassi. Sa chère reine, qui lui manquait tant… elle se rendait compte que malgré tout ce qu’elle subissait, Cassi représentait une mère pour elle. Une mère stricte et sévère, mais qui pourtant l’avait recueillie lorsqu’elle n’avait plus rien, ni mère, ni père, ni argent, rien du tout. Et Cassi avait été là pour elle. Bien sûr, elle n’était pas chaleureuse, ni compatissante, lorsque la jeune fille aurait eu besoin de se confier, jamais elle n’aurait pensé aller la voir, alors elle gardait tous ses sentiments pour elle. Mais malgré cela, elle ne pouvait lui en vouloir. Après tout, n’avait-elle pas sacrifié ses sentiments et sa vie pour guider son peuple sur le chemin que Crâ leur montrait ? Elle avait donné son âme en échange d’une puissance suffisante pour mener les Crâs à la gloire. Et rien que ce sacrifice méritait qu’on la vénère. Cette fois-ci, elle allait y parvenir. Cette fois-ci, elle allait enfin pouvoir sauver sa reine. Elle dégainait sa dague d’un geste mal assuré quand Renard-Noir revint dans la pièce, tenant dans ses bras un homme fragile et chétif. Il le jeta à terre dans un bruit sourd. Cassiopée s’approcha de Renard-Noir, et l’examina. Il avait relevé la capuche sur sa tête, et elle ne put qu’apercevoir sa bouche, crispée en un sourire étrange. Elle fut frappée par la certitude qu’il était de nouveau possédé, possédé par cet esprit, par Ikki. Elle devait absolument découvrir qui il était. Cet évènement était peut-être lié à l’enlèvement de Cassi. Mais pour l’instant, il fallait rester prudente. Renard-Noir se tourna vers la jeune femme, qui tenait fermement sa dague dans sa main droite. Elle tenta de le dévisager, mais la capuche l’en empêcha. Il souriait toujours.
« Mon Dieu, Renard, qu’avez-vous fait à cet homme ? Qui est-ce ?
-Tuez-le. »
Cassiopée écarquilla les yeux. Elle n’eut pas le temps de réagir, car le poing de Renard-Noir s’enfonçait déjà dans son visage. Elle recula d’un pas, sur la défensive, la lèvre en sang.
« Vous êtes malade ! Je ne sais même pas qui c’est !
-Je croyais que vous vouliez apprendre à tuer. Il n’y a pas d’autre moyen. Ne réfléchissez plus, mettez vos sentiments de côté et tuez-le. Abattez cette vermine. De toute façon, il n’a plus de famille, il ne manquera à personne.
-Mais… »
Cassiopée reçut un nouveau coup de plein fouet. Un filet de sang coulait de sa bouche à présent. Elle avança alors vers l’homme, à la foi en colère contre sa propre faiblesse, à la foi dégoutée par ce qu’elle allait faire. L’homme s’agitait, rampait lentement à terre, pleurnichant, pendant que Renard-Noir riait. Cassiopée fut horrifiée. Cet Ikki était vraiment effrayant. L’homme se retourna vers la jeune femme, et marmonna des paroles incompréhensibles, les mains devant son visage. Cassiopée ferma les yeux. Elle devait tout oublier, dès que ce serait terminé.

Elle se jeta alors sur le vieil homme et leva sa dague. Elle lui transperça le ventre par endroits, ignorant les cris et les pleurs. Elle le frappa, encore et encore, tant qu’elle le sentait bouger, elle frappait, libérant toute sa haine, toute sa colère qu’elle avait emmagasinée depuis le début sur ce pauvre homme qui n’avait rien demandé. Derrière, Renard-Noir riait. Cassiopée planta une dernière fois sa dague dans son ventre et le dévisagea. Du sang coulait le long de son visage, ses yeux injectés de sang étaient grand ouverts, il semblait regarder loin devant lui. Mais il ne voyait rien. Les spasmes cessèrent, le corps inerte s’écroula sur la jeune femme qui tremblait. Elle le repoussa et récupéra sa dague. Elle se leva, se tint devant Renard-Noir qui souriait. Il baissa sa capuche, et découvrit son visage. Il était crispé, et ses yeux rouges semblaient pouvoir tuer d’un simple regard. Cassiopée en était certaine, c’était bien Ikki. Elle tremblait, sanglotait, pendant qu’elle se rendait compte, peu à peu, de l’horreur de ce qu’elle venait de faire.
« Je n’ai plus rien à vous apprendre à présent. Félicitations. »
Il sorti alors de la pièce faiblement éclairée, laissant Cassiopée seule avec ses remords, du sang plein les mains, plein la dague, et une odeur de mort qui planait.
La Crakette lâcha sa dague et s’appuya contre le comptoir. Elle tremblait, sanglotait à voix haute, et eut un haut-le-cœur. Elle vomit, dégoutée par son attitude, dégoutée par ce qu’elle venait de faire pour sa reine, dégoutée d’elle-même. Elle se retourna, pour considérer le cadavre, les yeux remplis de larmes. Le corps gisait, mutilé, couché par terre et baignant dans son sang. Cette vision d’horreur ne la quitterait plus jamais. Cette vision allait hanter sa vie, elle en était certaine. Elle venait de tuer un homme. Cette phrase résonnait en rythme dans son esprit, la torturant. Maintenant, elle était prête. Prête à sauver sa reine, prête à tuer pour elle s’il le fallait. Elle n’avait plus peur, mais elle se haïssait. Elle venait de massacrer de sang froid un homme qui l’avait imploré de le laisser vivre, qui plus est. Elle nettoya sa dague, et courut chez elle pour prendre une douche et se changer. Il fallait qu’elle se change les idées.
Mais elle ne parvint même pas à se regarder dans la glace.

Cette nuit fut très agitée. Cassiopée refit le même rêve des centaines de fois, se revoyant toujours tuer cet homme. Au milieu de la nuit, elle se réveilla en sursaut, tremblante. Elle se leva et attrapa sa dague. Quelque chose n’était pas normal, elle le pressentait, mais elle ne pouvait pas dire quoi. Elle fit le tour de sa maison, sa dague à la main, et bizarrement ne ressentit aucune peur. Elle se sentait forte, elle savait qu’elle n’aurait pas peur de tuer son intrus. Mais elle ne vit personne. Elle s’assit alors à sa table, avec un poids énorme sur la conscience. Elle n’arriverait surement pas à se rendormir, donc elle resta là et se plongea dans des réflexions. Quand tout à coup, une force indescriptible la paralysa. Elle ne pouvait plus bouger, plus respirer, elle se débattit, mais sans succès, elle ne pouvait absolument rien faire. Elle tourna tant bien que mal sa tête, pour voir son agresseur, et à sa grande surprise se rendit compte qu’elle était absolument seule chez elle ce soir là. Personne n’était la, pourtant une espèce de vague de froid pénétra sa chambre. Elle voulut se lever, mais la force qui l’immobilisait se remit à l’étouffer. Elle voulut hurler, mais aucun son ne sorti de sa bouche. Allait-elle mourir ici ? Elle se débattit, refusant de se laisser faire, se sentit défaillir. Ses forces étaient en train de l’abandonner. Elle étouffait, et sa tête se mit à tourner. Qui était son meurtrier ? Elle voulait absolument le savoir. Elle s’interdit de mourir ici, se débattant contre la mort, contre son meurtrier. Mais elle ne put rien faire, et une sensation de vide l’envahit. Elle cessa de bouger, étouffée, compressée, et tout devint blanc. Que se passait-il ? Une voix se fit entendre. Une voix très lointaine, comme celle qu’elle avait entendue jadis au temple Crâ. Une voix incompréhensible, douce mais ferme. Elle se rapprochait, et une silhouette se dessina dans le néant. La voix était très proche maintenant, presque compréhensible. Puis, la voix se tut, et la silhouette se dessina clairement devant Cassiopée. C’était une femme magnifique, grande et qui semblait flotter. Elle portait un arc dans son dos. Elle s’approcha de la jeune femme agonisant et colla son visage au sien. Puis, elle murmura :
« Tu dois la sauver, mon enfant. Cassiopée, tu dois la sauver. Je te l’ordonne. »

Cassiopée ouvrit précipitamment les yeux, elle transpirait à grosses gouttes. Elle respirait lentement, suffoquait. Elle était allongée par terre dans sa chambre, sa dague gisait à ses côtés. Elle se leva lentement, reprenant ses esprits. Elle était à bout de souffle, et tremblait un peu. Que venait-il de se passer ? Quelle heure était-il ? Elle regarda brièvement dehors et aperçut le soleil qui était au zénith. Combien de temps était-elle restée ainsi évanouie ? Et pour l’amour du ciel, qui était donc cette femme ?
Crâ… C’était surement sa déesse… Une chose était sure à présent. Cassiopée ne pourrait trouver le repos que quand Cassi serait libre et définitivement en sécurité.

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MessageSujet: Re: [BG] Cassiopée   Mar 6 Mar - 15:29

Chapitre dix-septième : Ikki




Deux jours s’étaient écoulés, mais pourtant le clan n’avait toujours pas eu de nouvelles de leur reine. Elle restait introuvable, tout comme Renard-Noir (ou devrais-je dire Ikki) qui avait disparu. Cassiopée s’entrainait dur afin d’être prête dès que l’occasion de sauver Cassi se présenterait. Mais en dehors de ses entrainements, elle décida de revoir Chibi. Après tout, nul ne saurait qu’elle le revoyait, et surtout pas Cassi. Il fallait profiter de cette liberté, et c’est ce qu’elle fit. Tous les soirs après l’entrainement, elle se rendait chez son amant et se détendait, sans penser à Cassi.

Mais cela ne durait que le temps d’un soir, et le lendemain des remords énormes la rongeaient de l’intérieur. Elle se rendait compte alors que cela faisait déjà plus d’une semaine que Cassi était séquestrée dans un endroit totalement inconnu, et qu’elle n’avait toujours rien fait pour la sauver. Ce jour-là pourtant, il se passa beaucoup de choses. Cassiopée s’entrainait seule contre des abraknydes dans la forêt, quand un bruit la surprit. Elle se retourna, et évalua les alentours. Il n’y avait personne. Elle se tourna alors à nouveau vers l’abraknyde, mais n’eut pas le temps de faire quoi que ce soit. Deux mains se plaquèrent sur sa bouche et son nez, et l’empêchèrent de respirer. Elle se débattit, en vain. Son agresseur était deux fois plus corpulent qu’elle. Elle sentit son cerveau s’engourdir, ses réflexes s’amoindrir, tandis que tout se mettait à tourner. Elle n’allait pas se laisser faire, cette fois-ci. Elle mordit les mains de son agresseur à pleine dents, sentant un morceau de chair se détacher et tomber sans sa bouche. Il hurla et lâcha prise, les mains ensanglantées. Cassiopée profita de cet instant pour dégainer une dague, et d’un geste gracieux se retourna et la planta dans le ventre de son agresseur. Toute tremblante, elle rengaina sa dague et recula d’un pas, cracha le sang et la chair qui baignaient dans sa bouche. L’homme qui se tenait devant elle était vêtu d’une longue robe noire et une capuche cachait son visage. Il recula d’un pas, vacilla sous la douleur, mais ne tomba pas. Il resta debout, les bras le long du corps, et regardait le sol. Comment avait-il pu rester debout après un tel coup de dague ?


Mais ce ne fut pas tout. Non seulement il était encore vivant, mais il se régénérait rapidement. Le sang cessa de couler, et peu à peu, ses blessures se refermèrent. Il ricana. Un rire glaçant, que Cassiopée reconnut tout de suite. C’était Renard-Noir. Non, pas Renard-Noir, mais plutôt Ikki. Seule une déchirure dans sa robe restait du coup qu’il venait de prendre. Cassiopée recula encore de deux pas, prise d’un effroi incontrôlable. Ikki ricanait toujours, et il se mit à avancer vers la jeune femme, qui continuait de reculer de plus en plus vite.
« Tu en sais trop, jeune fille… Je dois t’éliminer…
-Qu… qui êtes vous, bon sang ?
-Tu n’as pas besoin de le savoir.
-Ne…ne me tuez pas…
-Il n’y a pas d’autre moyen. Sache que je préfèrerais te laisser en vie.
-Je ne dirais rien…
-Ce n’est pas cela qui m’importune, vois-tu
-C…Cassi… »
La course de la jeune femme fut stoppée par un arbre. Ikki en profita pour l’attraper au cou, mais sans serrer. Elle essaya de le griffer, mais il riait. Rien ne pouvait l’atteindre… Elle décida d’économiser ses forces, car elle en aurait certainement besoin, et se contenta de dévisager Ikki.
« En effet, tu es la plus à-même de retrouver ta chère Cassi, et cela me dérange fortement.
-C’est vous qui l’avez kidna…
-Hmm non ce n’est pas moi… Je me suis contenté de la racheter. »
Il ricana à nouveau, apparemment fier de son acte.
« Je vous en prie… ne… me tuez pas… »
Ikki sembla réfléchir un instant. Il baissa sa capuche, découvrant ses yeux rouges sang pleins de haine. Mais Cassiopée ne frémit pas.
« Je te préviens, petite… Au moindre faux pas… A la moindre tentative de sauvetage de ta petite Cassi… Si je te surprends à faire la moindre recherche, si tu t’approche ne serais-ce que d’un millimètre du but, je te préviens que je la tue. Et je tuerais tous tes proches, un par un. Arnev, le petit Chibi… tout le monde… j’espère que c’est clair.
-Je… »
Ikki serra la main, l’empêchant de parler. De son autre main, il fit apparaitre une boule d’énergie étrange, d’une couleur rougeâtre. Il recula de deux pas et l’envoya sur la jeune femme avant qu’elle n’ait pu s’enfuir. Elle posa un genou au sol, tremblante. Une douleur immense l’envahit, une douleur insupportable. Elle posa ses mains par terre, mais ne cria pas. Elle respirait lentement, essayant de canaliser la douleur et de la transformer en colère. Elle n’y parvint pas. C’était insurmontable. Elle se coucha au sol, se recroquevillant sur elle-même, retenant un hurlement. Puis, la douleur cessa. La boule d’énergie s’échappa d’elle et revint dans la main de son créateur qui ricanait.
« Le message est assez clair. »

Il fit volte-face et s’éclipsa, laissant Cassiopée tremblante par terre. Mais elle ne resta pas longtemps impuissante. Elle se releva, déterminée. Elle ne connaissait qu’un seul chasseur de primes digne de ce nom, capable de capturer Cassi. Le même chasseur de primes qui avait capturé Arnev. Lec, le Xélor impitoyable et fourbe, qui est prêt à tout pour arriver à ses fins. Elle dégaina une dague, le visage plein de haine. Peu lui importaient les menaces d’Ikki. Elle sauverait sa reine coûte que coûte. Crâ elle-même le lui avait ordonné. Elle savait exactement où se trouvait Lec en ce moment. Comme tous les mercenaires de la contrée, lorsqu’ils ne chassaient pas leurs proies, ils dilapidaient leur butin à la taverne. Elle ouvrit la porte du bâtiment à la volée, et toutes les têtes se tournèrent vers elle. Cassiopée aperçut immédiatement Lec, qui tentait de s’enfuir par derrière. Elle accéléra alors, traversa toute la pièce d’une vitesse hallucinante, et sauta sur le chasseur de primes grassouillet qui n’avait pas eu le temps de partir. Elle se fichait royalement que tous les clients la regardent. Elle plaqua Lec sur une table et appuya la pointe de sa dague sur sa gorge enveloppée. Elle dégageait une colère intense. Tout était de sa faute, à ce petit imbécile qui se faisait de l’argent sur le dos des autres. Il s’agitait pitoyablement, et lançait des regards implorants de tous les côtés de la taverne, espérant qu’un habitant vienne lui porter secours. Mais Cassiopée était très respectée, et son blason étincelant lui donnait presque le droit de le tuer. Elle le frappa, sèchement, pour lui faire comprendre qu’il devait arrêter de gigoter. Il sanglota et la fixa.
« Que…que que… qu’est-ce que j…j’ai f…
-TAIT TOI ! »
Elle le frappa à nouveau, sa haine grimpait en flèche. Elle était à deux doigts d’enfoncer sa lame dans cette gorge, de le tuer une bonne fois pour toutes.
« A QUI AS-TU VENDU CASSI ???
-oooh mais Lec ne peut pas le révéler… sinon Lec mourra… »
Cassiopée sentit sa colère dépasser son contrôle. Elle voulait en avoir le cœur net. Elle appuya la lame sur sa gorge, perçant la peau, un filet de sang s’échappa et coula le long de sa poitrine. Il se mit à gémir et à glousser, laissant échapper des « pitiééé » et des « je vous en prie ! ».
« Si tu ne me le dis pas, je te ferais regretter ton acte, et tu souffriras tellement, que tu m’imploreras a genoux de t’achever. »
Plusieurs têtes dans la taverne se tournèrent, et des yeux se baissèrent. Mieux valait ne pas croiser son regard. Le petit Xélor se mit à pleurer, et gémit :
« Madame… ne me faites pas de mal… ayez pitié d’un pauvre chasseur de primes… »
La haine de Cassiopée devint si violente, qu’elle ne put s’en empêcher. Elle dégaina son autre dague et essaya de la planter dans son ventre. Mais sa trajectoire fut stoppée au dernier moment, une main avait agrippé son poignet.
« Cassiopée, ne fait pas cela. »



Elle se retourna et découvrit un visage familier. Arnev était là, la mine sombre, il semblait souffrir. Cassiopée rengaina sa dague, tenant toujours la deuxième légèrement enfoncée dans la gorge de Lec.
« Arnev ? Que fais-tu là ?
-Tu ne dois pas lui faire de mal. Je t’en prie, laisse le tranquille. Il ne peut plus rien pour toi, tu connais déjà les réponses à tes questions. Inutile de diriger ta haine vers lui. C’est Ikki que tu dois tuer.
-Je…
- Dépêche-toi. Allons-nous en d’ici, il faut que je te parle. »
Cassiopée rengaina sa deuxième dague, lança un dernier regard noir au Xélor recroquevillé sur la table, pleurnichant et gémissant. Il était pitoyable. Elle suivit Arnev loin de la taverne. Ils retournèrent au quartier général du Clan, et s’installèrent dans un bureau, là où personne ne pourrait les écouter. Arnev s’assit dans un fauteuil et invita Cassiopée à faire de même. Elle s’installa en face de lui, lançant des regards haineux. Elle tremblait de colère, et semblait avoir déjà oublié la douleur qu’elle s’était vue infliger tout à l’heure.
« Cassiopée, je t’en prie, calme-toi… Ce que je vais te dire est d’une importance capitale, pour moi, et peut-être encore pour toi. »
En disant cela, il avait baissé les yeux. Il était visiblement au courant pour Chibi.
« Je t’écoute, parle, Arnev.
-Ce que je dois te dire nous concerne Lec et moi. Tu te demandes surement comment j’ai su que tu étais à la taverne avec lui. Eh bien voila. Je pense que Lec… enfin je crois que c’est… mon jumeau maléfique. »
Cassiopée se redressa dans son fauteuil et lança un regard interrogatif à Arnev.
« Un jumeau maléfique, c’est comme la moitié de ton âme. Les deux jumeaux sont liés, par le sang, par les sentiments. Très souvent ils se haïssent, et le jumeau maléfique tente d’exterminer son jumeau bénéfique. J’étais chez moi, lorsque j’ai ressenti une douleur au visage, comme si l’on m’avait donné un coup de poing. Cette douleur n’est pas visible, mais je la ressens. Lorsque tu as enfoncé ta dague dans le cou de Lec, j’ai ressenti la même douleur que lui. Si tu l’avais tué, je… je serais mort aussi. »
Cassiopée était horrifiée. Elle avait failli tuer Arnev !
« Mais c’est… c’est terrible, Arnev ! Que peut-on faire ? Lec est de la mauvaise herbe qu’il faut éliminer… S’il apprend qu’il est intouchable, nous subirons sa colère ! Il va nous faire chanter, et utiliser cet atout pour s’enrichir à nos dépens !
-Je le sais, Cassiopée. Mais je ne peux rien faire à ce sujet.
-Il doit bien y avoir un moyen de séparer vos âmes !
-Le niveau de magie requis pour la séparation est bien trop élevé. Les pouvoirs de Crâ que possède Cassi eux-mêmes sont insuffisants. Je suis désolé.
-Non… c’est moi qui suis désolée… Si j’avais su, je n’aurais jamais…
-Je sais. Ne t’en fais pas pour cela. Evite juste à l’avenir de le persécuter.
-Bien entendu.
-Il y a d’autres moyens pour obtenir ce que l’on veut. Utilise les faiblesses de ce chasseur de primes, exploite le comme il l’aurait fait contre toi.
-Merci…
-A bientôt, Cassiopée. »
Il s’inclina respectueusement et s’en alla. Cassiopée se rendit au coffre-fort du clan, et prit de quoi payer le chasseur de primes. Son point faible, c’est sa cupidité. Un peu d’argent lui déliera la langue, très certainement. Une fois les poches pleines, elle se redirigea vers la taverne, où Lec était certainement en train de raconter ses mésaventures aux autres chasseurs, afin de s’attirer leur sympathie. Elle entra dans la taverne et balaya la salle du regard, mais aucune trace de Lec. Elle monta à l’étage, et l’aperçut en grande conversation avec une sramette, très certainement sa femme, Keyla. Cassiopée prit Lec à part et le rassura, en lui promettant qu’elle n’était pas venue pour le tuer. Elle mit la main à sa poche et en sortit une liasse de billets. Visiblement très intéressé, Lec sourit.
« Si madame prend Lec par les sentiments, Lec ne peut pas refuser de l’aider… héhéhé…
-Alors indique-moi où se trouve Cassi.
-ça, Lec l’ignore, et il s’en excuse, madame.
-Est-ce Ikki qui t’a racheté Cassi ?
-En effet, c’est bien lui. Et pour une belle somme d’ailleurs. »
Il arracha la liasse de billets des mains de la jeune femme et ricana.
« Maintenant, Lec va devoir vous supprimer, madame. Il en est désolé.
-Pardon ? Qu’espères-tu, misérable chasseur de têtes ?
-Oooh, mais c’est bien plus que de l’espoir, ma chère. »
Il la repoussa et sortit un marteau de guerre de son sac. Il le brandit en avant, et ordonna à sa femme de l’aider. Cassiopée dégaina ses dagues. Lec était intouchable, mais si elle blessait Keyla, elle était certaine de toucher Lec avec, sans toucher Arnev. Mais Keyla était très puissante. Elle se rendit invisible et s’approcha sournoisement de la jeune femme qui tentait désespérément de tenir Lec éloigné en l’assaillant de flèches. Lorsque Keyla fut assez proche, elle planta une dague dans la jambe de la Crakette qui tomba au sol. Keyla se rendit à nouveau visible et ricana. Elle leva sa dague et la planta de toutes ses forces dans le ventre de la jeune femme qui hurla. Elle sentit ses organes se déchirer à l’intérieur. Elle savait qu’il ne fallait pas sombrer. Elle essaya de toutes ses forces de rester éveillée, apercevant des silhouettes qui se battaient devant elle. Tout devint flou. Quelqu’un était arrivé et avait jeté Keyla au sol. Les forces de Cassiopée s’épuisaient, et elle ne put tenir très longtemps. Un grand nuage noir l’envahit, elle perdit connaissance.

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MessageSujet: Re: [BG] Cassiopée   Mar 6 Mar - 15:29

« Cassiopée ! Réveille-toi, Cassiopée ! »
Un immense mal de crâne l’envahit lorsqu’elle tenta d’entrouvrir les yeux. Le soleil l’éblouit, elle ne voyait rien. Elle essaya de se déplacer, mais elle en fut incapable.
« Que…
-Ne t’inquiète pas, tu es en sécurité ici. Je t’ai soignée, tu devrais aller bientôt beaucoup mieux.
-Q…Qui êtes v…
-C’est moi. C’est Ikki. »
La jeune femme fit un brusque mouvement de recul, voulant s’éloigner le plus possible de ce monstre.
« Qu’est-ce que vous me voulez ? »
Elle se sentait mieux, et ignora la migraine qui lui mitraillait le crâne.
« Tu n’as pas besoin d’avoir peur de moi, cette fois.
-Pourquoi m’avez-vous sauvée, alors que vous voulez me voir disparaitre ?
-Lec est mon ennemi, tout comme le tien. Il m’a trahi, je devais le punir. »
A ces mots, le reflet rouge sang des yeux d’Ikki s’intensifia. Mais Cassiopée n’y prêta pas attention. Elle fut prise d’une subite nausée, elle se rallongea dans l’herbe pour la faire passer.
« Quelque chose ne va pas ?
-Je… non, non, tout va bien. Grâce à vous… M…merci…
-Tu oublies que je séquestre ta reine. Inutile de me remercier. »
Il se leva et rabaissa la capuche de sa robe sur son visage. Il s’inclina devant la jeune femme et déclara d’une voix sèche :
« Tu ne devrais pas rester ici. Lec va peut-être arriver… Ne gâche pas le service que je t’ai rendu. »
Cassiopée regarda Ikki partir et se releva avec difficultés. Cette journée avait été une des journées les plus éprouvantes qu’elle ait vécu. Elle vérifia que ses dagues étaient toujours attachées à sa ceinture et réfléchit à ce qu’elle devait faire à présent. Mais elle ne put pas réfléchit longtemps, déjà une nouvelle nausée s’empara d’elle. Elle marcha un peu, pour la faire passer, sans comprendre d’où elle pouvait venir. Après quelques pas, elle s’arrêta brusquement. Elle se baissa et ramassa le bout de papier froissé qu’elle avait remarqué. Quelques mots étaient griffonnés dessus :

Citation:
Chère Cassio,

Pardonne ce moyen de te contacter plus que rudimentaire, mais je n’avais rien d’autre sous la main. Je te présente Bibi.


Un petit oiseau se posa sur l’épaule de Cassio et lui mordilla l’oreille.


Citation:
J’ai de nouveaux éléments très importants en ce qui concerne l’enlèvement de Cassi. J’ai entendu Lec en parler à la taverne hier soir. Je déteste Cassi, et j’aime mieux la vie depuis qu’elle a disparu, mais je sais que c’est très important pour toi. Je vais t’aider. Pardonne-moi, mais je ne peux pas te donner ces informations sur papier de peur que la lettre soit interceptée. Rejoins-moi tout de suite dans les champs de Bonta, je t’y attends.

A tout de suite,
Ton Chibi.

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MessageSujet: Re: [BG] Cassiopée   Mar 6 Mar - 21:53

Chapitre dix-huitième : ultime rencontre



La jeune Crakette ne prit pas la peine de réfléchir. Ayant une confiance aveugle en Chibi, et désirant le revoir, elle se dirigea en hâte chez elle. La constante peur de voir Ikki surgir devant elle lui avait appris à toujours être prête dans toutes les situations. Ainsi, un inventaire de ses flèches et une révision de ses dagues était obligatoire. Elle poussa la porte de sa maison, et entra dans sa réserve de flèches. Elle en saisit une poignée qu’elle fourra dans son sac en espérant ne pas avoir à les utiliser. Elle aiguisa rapidement ses deux dagues, les attacha à sa ceinture, tendit la corde de son arc qu’elle attacha dans son dos, remplit son sac de provisions, d’eau et de couvertures, réajusta son blason et respira un instant. L’excitation montait en elle, elle savait que ce qu’elle faisait était de la pure folie, car Ikki l’avait avertie. Mais elle devait sauver Cassi. Dans sa tête, elle était fin prête à aller la sauver, dès ce soir s’il le fallait. Elle jeta un coup d’œil par la fenêtre, le soleil était sur le point de se coucher. Puis, son regard se déplaça dans sa maison, et elle réalisa qu’elle ne la reverrait peut-être plus jamais. Elle inspira, fit le vide dans sa tête pour supprimer tous les sentiments qui pourraient être une faiblesse pour elle, se retourna et claqua la porte de sa maison. Elle courut jusqu'à l’enclos du CCC, et chevaucha une dragodinde. Se dirigeant vers les champs de Bonta, elle crut entendre à nouveau la voix de Crâ. Etais-ce possible ? Peu lui importait. La peur était en train de lui serrer les entrailles. Peut-être Chibi avait-il découvert l’endroit où Cassi était enfermée. Peut-être allait-elle devoir affronter son ravisseur… Peut-être allait-elle devoir tuer Ikki, ce soir même. Elle devait être à la hauteur, c’était l’ultime moyen pour elle de regagner l’estime de sa reine. Elle parcourut plusieurs kamamètres à dos de dragodinde, pensant à ce qui l’attendait, quand une silhouette bleue se dessina légèrement à l’horizon. Elle ralentit l’allure, et sonda le brouillard. Elle freina encore et finit par mettre un pied à terre. Elle attacha sa dragodinde à un arbre, et passa sa main entre ses deux oreilles.
« Etam, je te laisse ici. Merci pour tout. »
Un étrange sentiment l’avait envahi. Elle était persuadée au fond d’elle que ce soir serait un tournant décisif dans sa vie. Elle savait que demain, tout serait différent, mais sans réellement réaliser de quelle manière. Elle caressa sa dragodinde, puis se tourna vers la silhouette. Une épaisse couche de brouillard s’était formée, elle s’avança prudemment. Elle savait pertinemment qu’il pouvait très bien s’agir d’un piège, rien ne lui pouvait que ce mot avait réellement été écrit par Chibi. La silhouette devint de plus en plus distincte, jusqu'à ce que la jeune femme puisse reconnaitre Chibi. Elle courut alors, et lui sauta dans les bras. Ils s’embrassèrent un instant, savourant chaque instant qu’ils pourraient passer encore ensemble. Mais Cassiopée recula, et lança un regard insistant à son amant qui ne put s’empêcher de sourire. Elle le questionna :
« Ne me fais pas languir ainsi, mon amour, dis moi ce que tu as trouvé…
-Bien sûr… Mais je veux que tu saches que lorsque je te l’aurais dit, tu fonceras surement droit vers l’endroit où Cassi se trouve. Ce qui signifie que nous ne pourrons plus nous voir sans nous cacher…
-J’en suis consciente.
-Tu devras faire un choix entre Cassi et moi. »


Cassiopée baissa les yeux. Elle n’avait jamais hésité, en réalité. Toute sa vie, elle l’avait fait tourner autour du petit bonheur de Cassi, en sacrifiant ses principes, sa famille, ses amis, et même son propre bonheur, sans jamais rien recevoir en retour. Elle le savait, mais elle ne pouvait s’empêcher d’aimer Cassi plus que tout. C’était étrange, certes, mais incontrôlable. Elle n’avait jamais réfléchi un instant à sa vie, elle n’avait jamais hésité entre voir Chibi et céder aux petits caprices futiles de sa reine. Et elle savait que cela lui retomberait dessus un jour où l’autre. Elle se rongeait elle-même, et donnait tout sans rien recevoir. Peut-être étais-ce sa conscience, peut-être faisait-elle tout cela en mémoire de son père, peut-être étais-ce de la naïveté, elle ne pouvait réellement le savoir. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’il fallait maintenant annoncer à Chibi quel était son choix. Elle s’arma de courage, et plongea ses petits yeux profonds dans les grands yeux bleus de son amour.

« Peut-on réellement parler de choix ? J’ai essayé de m’enfuir, et j’ai failli mourir. J’ai essayé de me rebeller contre elle mais elle est inhumaine. Quand elle a appris que je te fréquentais, elle m’a torturée. Si elle apprend que je te fréquente malgré son interdiction, elle me tuerait. Depuis le jour où je lui ai fait serment d’allégeance, depuis le jour où elle m’a prise sous son aile, je ne suis plus libre de mes choix. Si je décide de garder les informations que tu vas me donner secrètes, si je décide de rester avec toi et de laisser Cassi là où elle est, c’est un autre membre du Clan qui se chargera de tuer Ikki et de la libérer. Et dans ce cas, mieux vaudrait pour moi qu’elle m’ait oubliée. Tu ne sais pas de quoi elle est capable. J’ai déjà testé ses limites, et crois moi, je ne les franchirais plus. Je t’aime, Chibi, crois-le bien, mais tout mon amour pour toi ne peut pas arrêter sa furie.
-Bon sang Cassio, regarde-toi ! Tu es dépourvue de volonté, tu ne cherches même pas à te libérer de ces chaines ! Veux-tu réellement être libre ou préfères-tu suivre à la lettre les instructions de madame et aboyer quand elle te dit de le faire ? C’est ridicule. Tu as du caractère, tu es capable de beaucoup de choses, mais ces années en « prison » t’ont affaiblies. Je suis désolé de voir ce que je vois, et je suis désolé que Cassi ait détruit jusqu'à ton propre esprit. Qu’elle te prenne ce que tu possède, soit, mais je refuse de la laisser te prendre la seule chose imprenable. »
Il avança sa main vers Cassio, et la déposa lentement sur son cœur. Elle soupira. Elle était persuadée qu’il avait tort. Personne à part elle ne savait réellement de quoi était capable Cassi. Si il était prêt à endurer tout ce qu’elle avait enduré simplement pour une chose aussi symbolique et relative que la liberté, libre à lui, mais elle ne s’en sentait pas capable. Elle fronça les sourcils, et abrégea la conversation :

« Donne moi ces informations, qu’on en finisse. »


Un oiseau survola alors rapidement le couple, et laissa tomber un parchemin soigneusement plié en quatre. Il tomba gracieusement sur l’épaule de Chibi, qui l’attrapa en s’excusant auprès de Cassio. Il le déplia, et le lut rapidement. Une grimace se forma sur son visage détendu, puis il froissa le bout de papier et le jeta au sol.
« Attends-moi ici, Cassiopée, les Archangels ont besoin de moi au temple Crâ. Je serais rapide, je te promets de te donner toutes les informations dont tu as besoin dès que je reviens. »
Il l’embrassa rapidement, puis fit volte face et disparut dans le brouillard. Cassiopée s’installa contre un arbre, se laissant bercer par le bruit du vent et suivant le cours de ses pensées. Des images se bousculaient dans sa tête, elle se rendit compte alors qu’elle n’avait pas beaucoup de temps pour penser et mettre à plat tout ce qu’elle éprouvait pendant la journée, ce qu’elle regretta quelque peu. Elle était épuisée, et aurait donné n’importe quoi pour pouvoir dormir. Mais ici, c’était trop dangereux. Elle luttait avec elle-même pour rester éveillée, mais ce fut de plus en plus dur. Une atmosphère douce et calme l’enveloppa, elle ne put résister d’avantage et fut emportée par un sommeil profond.
Quand tout à coup, un craquement sec se fit entendre. Cassiopée se réveilla en sursaut, et dégaina ses dagues, à l’affut du moindre mouvement, du moindre bruit suspect. Elle se tourna de tous les côtés, traversant le brouillard de son regard perçant. Le calme revint, mais Cassiopée restait en alerte. Tous ses sens étaient triplés, l’adrénaline monta en elle, la prévenant d’un danger imminent. Elle se retourna brusquement saisie de la certitude qu’il était derrière elle, et reçut un coup de poing violent en plein visage qui la propulsa à terre. Même Cassi ne l’avais jamais frappé si fort. Sa lèvre était ouverte et saignait abondement, elle l’essuya rapidement et tenta de se relever, mais elle reçut un coup de pied dans le ventre qui la cloua au sol. Une voix glaçante qu’elle connaissait bien à présent se fit entendre :

« Je t’avais prévenu, Cassiopée… »

Consciente que rester au sol apportait un avantage certain à son ennemi, elle se releva tant bien que mal, ignorant la douleur qui la lançait au niveau des côtes. Elle tenait fermement ses dagues dans ses mains, et dévisagea Ikki. Elle lança d’une voix ferme, qu’elle ne connaissait pas elle-même et qui l’étonna :
« Fiche moi la paix, Ikki ! Toi et ta magie ne me faites pas peur, je suis sur le point de sauver Cassi et j’y arriverais ! »
Il sourit. Visiblement, l’attitude de Cassiopée l’amusait beaucoup. Il leva le bras dans sa direction, et murmura :
« Tu me sous-estimes… »
Sans comprendre comment, Cassiopée fut brusquement propulsée en arrière, avec une violence inouïe. Elle vola de cinq mètres en arrière, et s’écrasa contre un arbre. Avec un effort considérable, elle garda connaissance et se releva à nouveau, mais cette fois, elle en était certaine, elle s’était cassé au moins une côte. Mais il fallait qu’elle attaque. Elle accéléra droit vers lui, leva ses dagues et sauta sur Ikki. Mais au moment où elle le transperça, il disparut miraculeusement, et réapparut derrière elle. Il la frappa à nouveau, d’une violence surhumaine. Jamais elle n’avait vu quelqu’un se battre de la sorte. Ikki ricana, et envoya une boule d’énergie sur Cassio, qui commença à se tordre de douleur.
« Tu es pathétique, Cassiopée. Malgré toute ta volonté, tu n’es même pas fichue de me porter ne serais-ce qu’un seul coup. Je me demande pourquoi Cassi perd son temps avec toi. De toutes façons, peu m’importe, car bientôt, elle n’aura plus de temps du tout. J’espère qu’elle ne te manquera pas trop … »
Il ricana. Seulement, il n’avait pas pris en considération l’adrénaline qui monta en flèche lorsqu’il avait insulté Cassi et prédit sa mort. Cassiopée, prise d’une colère soudaine, se releva, et fondit sur Ikki qui n’avait pas eu le temps de comprendre ce qui se passait. Elle le frappa à l’aide du pommeau de sa dague, et l’envoya à terre. Elle lui sauta dessus, et le frappa de toutes ses forces, plusieurs fois, jusqu'à sentir les os s’écraser sous ses coups. Ikki la repoussa, et se releva. Il lui lança un bref regard en coin, et se mit à courir à toute vitesse. Sans réfléchir, Cassiopée le suivit. Ils coururent dans les champs de Bonta, les traversant dans leur largeur, et se dirigeant vers le sud-est. Une douleur émanait de la poitrine de la jeune femme, elle avait presque l’impression de sentir un bout de sa côte pendre dans son corps. Mais elle effaça ces images de sa tête, et se concentra sur sa course. Elle se félicita d’être aussi endurante, car la course dura longtemps. Ikki pénétra dans la foire du trool, où un marchant de tickets arrêta Cassiopée. Sans perdre de temps, elle lui jeta un billet à la figure, au plus grand plaisir du vendeur qui s’écarta pour la laisser passer. Visiblement Ikki venait souvent ici, car il n’avait pas à payer son entrée, donc il avait un laissez-passer. Elle le suivit jusqu’au centre de la foire, où une tente d’une couleur violette se dressait dans le brouillard. Elle arrêta de courir, et se crispa en avant pour calmer la douleur. Elle toussota et cracha un peu de sang, mais se releva. Elle n’avait pas de temps pour se plaindre, il fallait agir et vite, avant qu’il tue Cassi. Elle ressortit ses dagues, et s’approcha lentement de la tente. Visiblement, elle approchait l’heure de la fermeture, car la foire était déserte. Elle put apercevoir un écriteau à l’entrée de la tente, qui disait :

Monstres bizarres, espèces en voie de disparition, venez admirer le minotaure à tête de bouftou, et bien d’autres !

Elle sourit. Cassi n’était ni un monstre bizarre, ni un minotaure, mais elle se trouvait dans cette tente. C’était ce soir qu’allait se passer le moment qu’elle attendait tant depuis si longtemps. Elle attrapa le rideau qui servait de porte et le poussa, pénétrant dans une tente faiblement éclairée par un lustre. Des cages de toutes tailles pendaient au plafond, ou étaient entassées dans des coins, toutes recouvertes par du tissu de la même couleur que la tente elle-même. Des cris d’animaux de toutes sortes se faisaient entendre, et une odeur de foin flottait au dessus de toute cette ménagerie. Cassiopée rangea rapidement ses dagues, et s’employa à enlever tous les tissus qui cachaient les cages, afin de trouver celle dans laquelle Cassi était séquestrée. Elle découvrit toutes sortes de monstres tous plus étranges et insolites que les autres, mais en fouillant partout, aucun ne ressemblait ni de près ni de loin à Cassi. Légèrement essoufflée, elle se crispa à nouveau en avant. Elle ne put s’empêcher de grimacer lorsqu’elle cracha une nouvelle giclée de sang. Elle implora Crâ que ce ne soit pas trop grave, et scruta la salle du regard. Arriver si près du but, et ne pas trouver Cassi était enrageant, frustrant, presque ridicule. Elle se concentra, et balaya le sol rapidement du regard. Elle se frappa le front. Pourquoi n’avait-elle pas regardé plus tôt ? Une trappe était négligemment recouverte de terre, presque invisible, mais elle l’avait vue. Elle se baissa et souffla pour enlever la terre, puis à bout de bras ouvrit lentement la trappe, sans faire trop de bruit. Elle découvrit un long escalier, éclairé au bout. Elle put entendre en tendant l’oreille des voix à l’autre bout. Deux, peut-être plus. Elle savait que s’avancer toute seule dans cet escalier, sans savoir à combien d’ennemis elle ferait face était insensé, mais elle devait sauver Cassi. Et Crâ le lui avait dit : elle était la seule à pouvoir le faire. Elle souffla lentement pour atténuer la douleur, et avança dans l’escalier qui descendait droit vers Ikki.

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MessageSujet: Re: [BG] Cassiopée   Mar 6 Mar - 21:54

Les voix se rapprochaient, et devenaient plus distinctes. A son grand soulagement, elle reconnut celle de Cassi, qui n’était accompagnée que d’une seule voix, celle d’Ikki. Elle se concentra sur les paroles échangées, mais elle n’en comprit pas réellement le sens. Le bout de l’escalier se rapprochait, et la peur de Cassiopée grandissait. Elle respirait bruyamment, mélange de douleur, de peur et de fatigue, mais elle ignora ses besoins physiques et continua de s’avancer. Arrivée au bout, elle se plaqua contre le mur, et écouta un peu. Elle se sentait prête, c’était le bon moment. De toute façon, les jeux étaient faits.
« Alors Cassi, tu te plais bien dans ta cage ? Quel effet ça te fait d’être impuissante, toi qui n’a qu’a claquer des doigts pour que ton armée de chiens se précipite et t’apporte tout ce que tu veux à genoux ? Dis-toi bien que ce sont les dernières images de la vie que tu verras.
-J’en doute. »

Cassiopée avait prononcé ces paroles en même temps qu’elle était apparue derrière lui. Il se retourna, visiblement surpris de la voir ici.

« La prochaine fois que tu t’enfuis, prends un peu plus soin de la façon dont tu dissimules ta trappe, Ikki. »
Cassiopée ne fit pas attention à l’expression de Cassi, ni à son état, trop concentrée à impressionner Ikki. Mais sa reine, comme à son habitude, décida de garder la vedette, et lui lança de sa voix glacée :
« Ah, ben enfin, Cassio, c’est pas trop tôt j’ai failli attendre ! Rentre-lui dedans, et finissons-en ! »

La jeune Crakette acquiesça. Elle attendait ce moment avec impatience. Suivant ce que Renard-Noir lui avait enseigné, elle n‘attendit pas une seconde de plus, et frappa Ikki au visage. Il recula d’un pas, mais se ressaisit rapidement, et dégaina une longue épée qu’il agita dangereusement. Cassiopée esquiva plusieurs coups habilement, mais sa côte lui faisait de plus en plus mal. Elle lui envoya un coup de pied dans le ventre, qui le fit reculer, et recula également afin de pouvoir souffler un peu. Elle cracha un peu de sang, s’essuya rapidement la bouche avec sa manche et se remit en garde. Elle redoutait le moment où Ikki utiliserait sa magie contre elle, car elle savait qu’elle n’y résisterait pas longtemps. Mais au lieu de cela, il sembla vouloir s’amuser un peu et fondit sur elle, l’épée à la main. Il la frappa au niveau du visage, mais elle se baisse à temps et esquiva le coup. Profitant de ce moment, elle frappa le genou d’Ikki, qui se brisa dans un craquement sinistre. Il s’écroula au sol, et commença à se régénérer, en ricanant.
« Tu ne peux rien contre moi, idiote ! »
Il se leva, son genou complètement rétabli, un sourire satisfait aux lèvres. En effet, Cassiopée eut un gros doute sur l’issue de ce combat. Sans attendre plus longtemps, elle fondit sur lui, et lui planta rageusement sa dague dans le ventre. Il recula, juste au bon moment pour éviter le coup, avec une grâce et une élégance étrange, et lui asséna un coup d’épée. La lame passa à ras de son visage, et déchira son épaule gauche, lui arrachant un petit cri de surprise. Elle lâcha sa dague, et lui envoya un coup avec l’autre dague. Cette fois-ci elle parvint à entailler sa chair, et même relativement profondément. Sa côte lui faisait horriblement mal, et son épaule saignait. Elle recula, attendant qu’il se régénère à nouveau. Ce qu’il fit, naturellement, mais plus lentement, comme s’il avait du mal. Une lueur d’espoir brilla alors dans les yeux de la crakette. Elle revint immédiatement à la charge, esquivant un coup d’épée, se battant habilement, et mettant en pratique tout ce que Cassi lui avait appris. Elle frappa Ikki du pied, esquiva une boule d’énergie et lança sa dague qui se planta entre ses deux yeux. Il s’effondra au sol, et se régénéra à nouveau, lentement et difficilement cette fois-ci. Cassiopée profita de ce lapsus pour ramasser la dague qu’elle avait fait tomber tout à l’heure, la rengaina et attrapa son arc. Ikki était en train de se relever, lentement, il agonisait. La régénération lui demandait beaucoup d’énergie, et Cassiopée utilisait cet avantage. Elle arma une flèche, qu’elle décocha dès qu’Ikki était à nouveau debout. Elle se planta dans son torse, mais il ne recula pas. Conscient qu’il était en train de se tuer à force de se régénérer, il avait visiblement décidé d’économiser ses forces, quitte à devoir endurer de la douleur. Il fondit droit sur Cassiopée, qui n’eut pas le temps de décocher une nouvelle flèche. Elle lâcha tout, et dégaina rapidement sa dague. Il planta férocement son épée dans le ventre de Cassiopée, qui, en même temps, trancha la tête d’Ikki. Tous deux s’effondrèrent. Cassiopée retira la lame d’Ikki en hurlant, et se releva avec peine, tandis qu’Ikki se régénéra pour la dernière fois. Il recula, se dirigeant vers la sortie. Cassiopée, dans un dernier effort, se releva et plaqua Ikki contre le mur. Il était trop faible pour utiliser sa magie, et si elle le « tuait » une nouvelle fois, il ne se régénérerait plus. Ils en étaient tous deux conscients.
« Laisse Cassi sortir.
-Comme tu voudras. De toute façon, elle ne m’était pas utile comme je l’avais pensé. J’ai trouvé bien mieux. »


D’un geste de la main, la cage s’ouvrit. Cassi bondit à l’extérieur, furibonde, arracha la dague de la main de Cassio et projeta Ikki au sol. Elle le frappa furieusement, tandis que la jeune femme se crispait en avant pour souffler un peu.
« Espèce de lâche, tu ne pensais pas que je sortirais un jour pour me venger n’est-ce pas ?!
-Arrête, Cassi, tu ne frappes pas le bon ennemi… Méfies-toi de ton disciple, elle prépare un mauvais coup… je l’ai vue avec Chibi tout à l’heure, ils parlaient d’un plan pour renverser le pouvoir… suis bien mes conseils, tu ne le regretteras pas. »

Etonnée, Cassi relâcha Ikki, qui en profita pour s’enfuir en ricanant. Elle s’avança devant Cassiopée, qui recommençait à cracher du sang. Elle était visiblement en mauvais état, une côte cassée, l’épaule marquée d’une plaie profonde et une blessure au ventre qui saignait abondamment. Mais Cassi n’y fit pas attention. Elle ne la remercia pas de lui avoir sauvé la vie, au contraire, elle l’empoigna violemment et la plaqua contre un mur.
« Je peux savoir ce que tu faisais avec Chibi ?
-Cassi, lâche moi, j’ai une côte cassée… je…
-Je me fiche de tes petits problèmes de santé. Je t’avais prévenue que je ne voulais plus te voir avec lui. Tu as profité de mon absence pour tromper ma confiance en toi…
-Quelle confiance en moi ! J’ai beau te sauver la vie, tu n’en a que faire et tu me blâmes pour des idioties pareilles ! »
Cassi gifla son disciple qui hurla. Elle avait mal partout, et Cassi en rajoutait une couche. Même pas un merci…

« Je te retire cinquante mille points de grade, tu es dégradée au poste de réserviste.
-cinquante mille ??? Mais c’est la moitié du total que j’ai accumulé en une vie de loyaux services !
-Tait-toi ! »

Cassi gifla à nouveau son disciple qui sentait la colère monter en elle. Elle repoussa Cassi, utilisant le peu de force qu’il lui restait.
« Tu es ignoble ! La prochaine fois, je te laisserais croupir ici, il aurait mieux fait de te tuer ! »
Cassi posa sa main sur la plaie dans le ventre de son disciple, et lui lança un regard menaçant.
« Attention à ce que tu dis, Cassiopée. Avec ce que m’a dit Ikki, j’aurais de quoi te faire pendre publiquement pour haute trahison, mais je ne le fais pas, parce que tu es mon disciple. Si tu ne surveilles pas tes paroles, espèce de petite ingrate, tu le regretteras. »

Elle fit demi-tour, et se tourna vers l’escalier, puis ajouta d’une voix glacée :

« Je retourne au Quartier général. »

Elle grimpa les marches quatre à quatre et disparut, laissant derrière elle son disciple agonisant et déçue. Elle avait tout essayé. Et même lui sauver la vie ne suffisait pas. Que lui fallait-il pour lui arracher un petit « merci » ? C’est tout ce que Cassiopée désirait, juste un remerciement, un sourire, pour lui rendre tout ce qu’elle avait sacrifié. Mais ce n’étais apparemment pas encore aujourd’hui qu’elle y aurait droit. Elle fit un dernier effort pour s’extraire de cet endroit lugubre, et retourna au village, sur le dos de sa dragodinde fidèle, où elle reçut des soins appropriés.

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MessageSujet: Re: [BG] Cassiopée   Dim 11 Mar - 19:29

Chapitre dix-neuvième : une nouvelle vie





Peu de temps s’était écoulé depuis que la jeune Cassiopée avait sauvé sa reine. Cassi était saine et sauve, seules quelques égratignures recouvraient son corps de part et d’autre, mais rien de sérieux. Son disciple, au contraire, était dans un sale état. L’épaule gauche profondément lacérée, une plaie inquiétante dans le ventre et deux côtes cassées, voici le prix qu’elle avait dû payer pour sauver sa reine. Qu’avait-elle reçu en échange ? De l’ingratitude, bien sûr, et une sanction sévère pour avoir fréquenté Chibi pendant son absence. Et pour s’ajouter à tout cela, les nausées qu’elle avait ressentit il y a peu lui revenaient de manière de plus en plus fréquentes. Elle était quelque peu inquiète à ce propos, car elle n’avait aucune idée de ce que cela pouvait être. Elle était allongée dans son lit depuis environs trois jours, sans bouger, laissant ses plaies et blessures cicatriser, et ruminant une haine profonde envers Cassi. Pour l’instant, elle était trop faible pour endurer une conversation avec elle, mais dès qu’elle aurait regagné sa santé de fer, elle avait décidé qu’elle lui toucherait deux mots sur son attitude. C’était risqué, certes, presque suicidaire, mais avait-elle réellement le choix ? Elle ne pouvait plus supporter ces injustices, et elle devait agir. Elle avait battu Ikki, un des plus grands guerriers, un des plus fourbes personnages que l’histoire d’Amakna ait jamais porté, et elle se sentait capable de tout. Lançant un regard discret à l’éniripsa qui lui appliquait une espèce de pommade sur le ventre, elle soupira. Elle détestait être ainsi réduite à se faire chouchouter, obligée d’attendre que ces fichues blessures se referment. L’éniripsa avait fini son œuvre, et salua poliment la crakette qui soupira à nouveau. Il se retira, la laissant seule avec ses pensées et ses souvenirs. Elle regarda un instant par la fenêtre, le soleil était haut dans le ciel, et ses rayons venaient la réchauffer à travers la fenêtre. Elle en avait assez de ne rien faire. D’une main ferme, elle attrapa sa couverture et la jeta au sol, puis elle s’appuya sur sa table de nuit pour essayer de se relever. Elle posa un pied à terre, ce qui lui rappela sa douleur aux côtes. Tans pis. Son deuxième pied toucha le sol, elle se leva avec difficultés, mais y parvint tout de même sans broncher. Elle se sentait ridicule. La main sur son ventre, elle attrapa une dague qui était posée sur sa table de nuit, par pur réflexe, et l’attacha à sa ceinture, puis à raison de petits pas réguliers, elle parvint à sortir de ce bâtiment sinistre. Le soleil lui chatouilla les narines, il tapait très fort. Elle fit quelques pas dans l’herbe, huma l’odeur de la nature qui la fit presque revivre. Elle apprécia ce moment autant qu’elle pouvait, car elle ne savait pas ce que l’avenir lui réserverait.


Quand tout à coup, une silhouette apparut de derrière une maison, et lui fonça droit dessus. Frappée de plein fouet, Cassiopée bascula en arrière et tomba au sol. Elle dégaina sa dague, par réflexe, et considéra la personne qui l’avait percutée. C’était une jeune femme, plus jeune qu’elle, qui avait une chevelure vert foncée, magnifique. Elle sentait la nature, avait un air frais et intelligent, son visage était détendu et souriant, contrairement au visage crispé de Cassiopée. Elle se releva, et tendit la main à celle qu’elle avait percutée, en se présentant à elle d’une voix douce :

« Je vous demande pardon, mademoiselle, j’ai reçu une convocation du Cra Caille Clan pour rejoindre ses rangs, je me suis hâtée de me rentre à son quartier général ! Je me présente : je suis Jadina, fille d’Olgan, née en Amakna, mais élevée par une Sadida. Et vous, vous êtes ? »

Cassiopée avait le souffle coupé. Le seul Olgan qui se trouvait en Amakna était bel et bien son propre père. Etais-ce la sœur dont Arnev lui avait parlé qui se tenait simplement devant elle et se présentait ainsi ? Etais-ce vraiment elle, sa sœur ? La jeune femme passa sa main dans sa chevelure rouge et se releva difficilement. Elle toisa sa sœur du regard, sans en croire ses yeux. Elle était la seule famille qui lui restait, la seule personne qui l’aimerait réellement pour ce qu’elle était, et elle venait de lui foncer dedans. Elle sourit, et, les larmes aux yeux, lui répondit d’une voix entrecoupée par l’émotion:

« Je me nomme Cassiopée, fille d’Olgan, née en Amakna et élevée par Cassi cœur de glace. »


Le regard de son interlocutrice se changea brutalement, et devint incrédule. Elle ne put retenir un cri de joie et sauta dans les bras de sa sœur retrouvée. C’était un moment incroyable. Toutes deux pleuraient dans les bras de l’autre, retrouvant une partie d’elle-même qu’on leur avait enlevée à leur naissance. Ce moment heureux, d’un bonheur intense même, était si rare qu’il en était encore intensifié. Elles n’arrivaient pas à en croire leurs yeux, se retrouver ainsi dans la pelouse, comme dans un rêve… Cassiopée grimaça, ses deux côtes étaient complètement compressées par le ventre de sa sœur, mais elle riait à gorge déployée, plus heureuse qu’elle ne l’avait jamais été. Ce moment était tout simplement magique. Au bout d’un instant, quand la douleur fut trop forte, Cassiopée se détacha de sa nouvelle sœur et, le sourire figé sur son visage, lui expliqua rapidement la raison de cet acte. Mais leurs retrouvailles ne durèrent pas longtemps. L’éniripsa à la charge de Cassiopée était sorti du bâtiment, l’air furibond, et hurlait sur elle, déversait un flot de paroles d’où ressortaient les mots « inconsciente », « forcenée », entre autres. Cassiopée embrassa une dernière fois Jadina, qui lui promit de revenir la voir très bientôt. L’éniripsa, quand à lui, semblait moins coopératif et la ramena avec force dans sa chambre. La jeune femme se recoucha à contrecœur, et l’éni s’assit à côté d’elle. Il la regardait d’un air pensif, ce qui l’inquiéta quelque peu. Elle lui lança un regard féroce, qui l’obligea à détourner les yeux. Mais il resta là, assis, à réfléchir, comme s’il hésitait à lui parler. Puis, au bout d’un instant, il tourna à nouveau son regard vers elle et déclara d’une voix douce, comme celle de tout éniripsa :

« Je dois vous annoncer une grande nouvelle, mademoiselle. Nous avons fait des tests, car votre capacité de régénération était très lente, et nous ne comprenions pas pourquoi. Au contraire, nous avons l’habitude d’une Cassiopée qui se répare très bien toute seule, mais pas cette fois. Et nous avons découvert la source de ce problème…
-Eh bien ? Dites-moi tout, immédiatement !
-Je… félicitations, mademoiselle. Vous êtes enceinte. De moins d’une semaine. »

L’éniripsa lui lança un regard malicieux, qui semblait vouloir dire « yen a qui s’amusent bien », et sortit de la pièce pour la laisser réfléchir. Seulement, il ne se rendit pas compte que la jeune femme était horrifiée. Enceinte ? Bien sûr, il ne manquait plus que cela. Un enfant. De qui était-il ? Impossible qu’il soit de Chibi, pourtant, il était du genre ultra-protecteur… Elle semblait terrifiée, et ne comprenait absolument pas. Cela faisait plus d’une semaine qu’elle n’était plus allée voir Chibi. Et elle était enceinte de moins d’une semaine… Son regard était vide, perdue dans ses réflexions, imaginant la réaction de Cassi, de Chibi lorsqu’il apprendrait que l’enfant n’était pas de lui, la gène éprouvée devant Arnev… et l’incompréhension totale sur l’origine de l’enfant. Elle serra les poings, calmant la frustration qui l’envahissait peu à peu, essayant de réfléchir de façon posée. Un enfant sans l’avoir procréé… La seule origine possible était la magie. Mais qui pouvait bien posséder un tel niveau de magie ? Et que voulait-il exactement en mettant Cassiopée enceinte ? A quoi cela l’avancerait-il ? La seule personne qui pouvait réellement l’éclairer était Arnev. La seule personne dont le savoir était presque illimité, et la seule personne, mis à part sa sœur depuis peu, en qui elle avait réellement confiance. Elle appela l’éniripsa, lui ordonnant de courir chercher Arnev, qu’il vienne en urgence. Elle ne se sentait pas capable de faire face à cet énorme problème toute seule.


Heureusement, Arnev était quelqu’un qui prenait très au sérieux tout ce que Cassiopée lui disait. Il l’écoutait, lui confiait ses sentiments par rapport à ce qu’elle lui expliquait, et parlait toujours avec une sagesse presque déconcertante. Il avait très souvent raison, et savait ce qui était juste, et cela en grande partie grâce à son expérience de la vie. Il se dépêcha de venir, et se présenta à elle près de dix minutes plus tard, à son grand soulagement. Il vint s’asseoir près d’elle, lui prit la main, et la dévisagea un instant d’un air compréhensif.

« Que se passe-t-il, Cassiopée ? Raconte-moi tout, je t’écoute.
-Arnev, je n’y comprends rien. Voici bien plus d’une semaine que je n’ai plus fréquenté Chibi… »
A ces mots, sa voix frémit légèrement. Elle avait du mal à parler de cela avec Arnev. Mais il fallait qu’elle poursuive.
« Et l’éniripsa d’à côté viens de m’annoncer que je suis… que je suis enceinte de moins d’une semaine… Je ne comprends vraiment pas d’où peut venir ce fichu enfant… J’ai besoin de ton aide, car jamais Cassi ne me croiras, quand je lui affirmerais que cet enfant n’a pas de père… Car il n’en a pas… Où du moins, aucun père naturel…Je t’en prie, aide-moi ! »

Le visage d’Arnev s’était durci, lorsqu’elle lui avait appris la nouvelle. Une lueur de savoir éclairait ses yeux, au grand soulagement de Cassiopée. Il approcha son visage du sien, pour que personne ne puisse entendre ce qu’il allait dire, et s’adressa à elle :

« Le jour de la prophétie est enfin arrivé, Cassiopée… je suis heureux que tu aies réussi à rester en vie jusqu'à maintenant. J’avoue qu’avec Ikki, j’ai eu très peur pour toi. Mais ça y est, la prophétie va être réalisée. Tu as réussi à remplir ta mission, Cassiopée, enfin pour l’instant. Tu devras donner tout l’amour que tu as à cet enfant, tu devras le protéger et il deviendra la personne la plus respectée d’Amakna.
-Je ne comprends pas… Qui est donc cet enfant, et quelle est cette prophétie ?
-Ce n’est pas l’heure pour toi de le savoir. La seule chose que tu dois savoir, c’est que, si je ne me trompe pas, tu portes la progéniture de Crâ. »

Cassiopée s’appuya contre le mur pour mieux appréhender le choc. La progéniture de sa déesse ? Bon sang, elle portait un enfant divin… C’était impossible, elle ne se sentait pas prête à endosser de telles responsabilités… Et si elle l’élevait mal ? Et comment allait-elle l’annoncer à Cassi ? Comme s’il lisait dans ses pensées, Arnev reprit la parole :

« Surtout, ne parle pas de cela à Cassi. Si elle apprend que tu as en toi l’enfant de Crâ, si elle apprend que tu possèdes autant de pouvoir, elle te tuera pour t’empêcher de la renverser.
-Mais je…
-Je sais que tu n’en as pas l’intention, certes, mais Cassi sera plus difficile à convaincre que moi, tu sais… Disons plutôt que cet enfant… Disons que cet enfant est le nôtre. J’en serais le père, comme ça elle ne te harcèlera plus avec Chibi, lui il te laissera tranquille également, l’enfant ne sera pas découvert, nous évitons beaucoup d’ennuis.
-Mais… et toi …
-Ne t’inquiète pas pour moi. Mais promets moi que jamais tu ne parleras de cet enfant de déesse à quiconque. Même sous la torture.
-Je te le promets. Tu peux compter sur moi.
-Je le sais, Cassiopée. Maintenant, repose-toi bien. »

Il la salua et s’éclipsa, la laissant se reposer comme elle en avait l’obligation. Submergée par toutes ces émotions, elle se cala dans sa couverture, regardant le plafond. Une sœur retrouvée, et un futur fils… Après tout, sa vie n’était pas aussi terrible que ça… Elle portait une partie de sa déesse en elle, à présent, et c’était une chose merveilleuse. Elle en était très fière. Perdue dans ses pensées, le sommeil la gagna rapidement. Un sommeil profond et paisible, un sommeil doux, sans cauchemars.

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MessageSujet: Re: [BG] Cassiopée   Lun 4 Juin - 22:47

Chapitre vingtième : La femme à la peau sombre



Quelques jours plus tard, Cassi convoqua son disciple à son bureau, ce qui en général n’était pas bon signe. Elle voulait peut-être juste lui souhaiter la bienvenue parmi les siens, après huit mois d’absence c’était compréhensible, mais ce n’était pas dans ses habitudes. Cassiopée pencha donc plutôt pour des questions sur son fils, dont elle avait dû avoir vent de la naissance depuis peu. Elle se prépara mentalement, récita dans sa tête l’histoire qu’elle et Arnev avaient mis en place, afin d’y rester le plus fidèle possible. La peur lui serrait le ventre, bien sûr, mais elle n’y fit pas attention. Elle se concentra pleinement sur le mensonge qu’elle allait devoir tisser devant sa reine, connaissant pertinemment l’enjeu. Arnev l’avait mise en garde : qui sait de quoi elle serait capable en apprenant que son jeune disciple portait l’enfant divin, remettant ainsi en cause sa place d’Elue ? Cassiopée hâta le pas, désireuse d’arriver à l’heure afin de faire bonne impression. Elle traversa rapidement le village et se retrouva plantée devant la maison principale du Clan. Elle frappa à la porte et salua le garde qui vint lui ouvrir. Elle arpenta les couloirs de la maison, presque sans avoir à regarder où elle allait. Elle connaissait ce chemin par cœur. Légèrement anxieuse, elle toqua au bureau de Cassi. Une voix sèche se fit entendre. Cassiopée soupira, passa sa main rapidement sur son ventre, comme pour se donner du courage, et poussa la lourde porte de chêne qui, seule, la séparait du jugement de sa reine.

Le bureau de Cassi était parfaitement rangé, comme toujours, et la chaise en face du fauteuil de Cassi était vide, comme toujours. Cassiopée salua sa reine et s’installa dedans sans attendre d’autorisation. Elle baissa la tête et fixa le bureau, et s’efforça d’adopter un visage impassible, sans expression.

« Tu m’as fait venir ?
-En effet. Tout d’abord, bienvenue parmi nous, je suis contente que tu aies récupéré…
-Ah oui, vraiment ? »

Cassiopée laissa échapper un sourire. Cette remarque ironique, elle n’avait pas pu la retenir. Elle releva la tête et fixa sa reine de ses grands yeux rougeoyants et, tout en gardant son sourire, reprit d’une voix calme :

« Eh bien… merci de ton accueil… mais avec ce qui s’est passé là-bas, ne me dis pas que tu m’as fait venir uniquement pour la bonne forme… Je sais que tu me soupçonnes de monter je ne sais quelle stupide résistance ou de vouloir te piquer ton semblant de pouvoir, de travailler avec tes ennemis ou je ne sais quoi… Eh bien sache que tout ceci n’est que pure invention, et que tout ce que j’essaye de faire, c’est de t’être la plus fidèle possible, je défends nos couleurs, je protège ton autorité et je châtie tous ceux qui osent la défier. J’ai failli tuer Ikki, Cassi… Ikki… l’un des plus grands manipulateurs qu’Amakna ait connu, et l’un de tes ennemis les plus dangereux… »

Elle se leva, toujours en fixant sa reine, et s’appuya sur son bureau, puis reprit d’une voix plus énergique :

« Je t’ai sauvé la vie, Cassi. J’ai risqué la mienne. Puisses-tu ne serais-ce qu’imaginer les souffrances que j’ai enduré pour te délivrer des griffes de cet homme ? Il m’a menacée, torturée, m’empêchant de continuer mes recherches pour te retrouver, mais je n’ai pas abandonné et j’ai enduré, pensant à toi, me forçant à continuer pour toi… »

Cassiopée passa sa main sur son haut et le releva lentement, découvrant une profonde cicatrice entaillant son ventre sur dix centimètres de longueur. Elle dévisagea Cassi un instant, tentant de percer une expression sur son visage, mais il était impassible. Elle rabaissa son haut et reprit la parole, toujours en dévisageant sa reine :
« Et toi, tu remets en cause ma fidélité, simplement parce que ton pire ennemi te dit que tu dois le faire ? Je te croyais plus lucide que ça, Cassi. Ne confond pas tes ennemis, ne gâche pas ta méfiance sur moi, et utilise la plutôt contre ceux qui le méritent. Je ne te demande pas de la gratitude, ni même un « merci », tout ce que je désire, c’est te faire comprendre que je suis de ton côté, que tu peux me faire confiance, et que jamais je n’agirais contre toi. »

La jeune Crakette se rassit lentement, attendant la réaction de sa reine. Le trac s’était complètement dissipé. Seule la réaction de Cassi comptait maintenant à ses yeux, et elle espérait qu’elle serait favorable. La reine se leva de son fauteuil après quelques secondes de silence pesant, et s’approcha de son disciple. Lentement, elle posa sa main sur son épaule et parla d’une voix cassante :

« Ce que tu viens de dire est d’une stupidité inégalable. Range tes beaux discours, Cassiopée, car je ne t’ai pas convoquée pour te reprocher de servir l’ennemi. Si tu es ici, c’est parce que je voudrais te présenter quelqu’un.
-Ah oui ? Qui ça ?
-Une de mes sœurs. »

Cassi se tourna vers la porte de derrière qui donnait sur ses quartiers et frappa trois fois. Une femme de taille moyenne, à la peau mate et au visage sévère entra dans le bureau. Ses cheveux étaient d’un noir de jais, comme son haut et la flèche microscopique qui était brodée sur sa jupe blanche, uniforme du CCC. Elle avait une allure fière et noble, et semblait porter sur ses épaules un lourd fardeau. Elle s’avança d’un pas léger, et posa ses yeux d’un noir profond sur ceux de Cassiopée.
Un frisson courut le long du dos de la jeune Crakette. Le regard de l’inconnue était si puissant, qu’il rappelait celui de sa sœur. Rien que dans ses yeux, on pouvait voir que c’était une personne sérieuse qui ne plaisantait pas. On reconnaissait tout de suite l’air de famille. Cassiopée se leva de sa chaise et inclina la tête devant le nouveau membre de la famille royale. Cassi prit la parole et la présenta :

« Cassiopée, je te présente ArchessNey, ma sœur. Elle a rejoint le CCC il y a peu, et je voudrais que tu la respectes comme tu me respectes. C’est elle qui prendra le pouvoir s’il m’arrive quelque chose. Elle a, comme moi, droit de vie et de mort sur toi. Considère-la comme ta deuxième maitresse. Est-ce clair ?
-Oui ma reine.
-ArchessNey, je te présente Cassiopée, mon disciple. »

ArchessNey dévisagea Cassiopée, sans s’incliner, et la salua rapidement. Elle semblait prise dans ses pensées, et un silence s’instaura. Cassi attendait visiblement que sa sœur prenne la parole, et Cassiopée en fit de même. Elle resta debout, se laissant toiser par la nouvelle arrivante sans broncher. Cassi n’avait toujours pas abordé le sujet « Raiyhn », et c’était tant mieux.

Au bout d’un moment, ArchessNey s’extirpa de ses réflexions et parla pour la première fois. Sa voix était froide, comme celle de Cassi, et déterminée. C’en était presque troublant. Tout en parlant, elle fixait la jeune femme sans ciller.

« Cassiopée… Tu as un fils depuis peu, n’est-ce pas ? Il s’appelle Raiyhn, si je ne me trompe pas ?
-Je… oui, en effet… »

Cassiopée jeta un rapide coup d’œil à Cassi, pour évaluer sa réaction, mais elle ne put comme a son habitude sonder aucun sentiment visible. Elle se concentra à nouveau sur son interlocutrice qui avait repris la parole :

« J’aimerais qu’il entre au CCC. Je sais qu’il est jeune, mais connaissant ton potentiel, j’aimerais le garder sous les yeux. »

Cassi s’avança et interrompit sa sœur d’un geste de la main, puis elle parla d’une voix cassante en lançant un regard en diagonale à son disciple :

« Tu n’as pas besoin de te justifier devant elle, Archess.
-Comme tu voudras. Bien, dans ce cas, Cassiopée, contente-toi de lui donner un uniforme et de le faire intégrer le clan. »

Cassiopée acquiesça d’un signe de tête. Elle n’était pas spécialement enchantée de constater que Cassi et sa sœur portaient un intérêt visible pour son fils, mais elle ne pouvait pas désobéir à sa reine. Elle s’éclipsa, et rentra chez elle immédiatement pour équiper son fils de son nouvel uniforme et de son blason.

** ** **


Cassiopée décocha une flèche qui se planta dans le ventre du scarafeuille qui lui faisait face et sauta en arrière, se mettant ainsi à l’abri derrière un rocher. Elle tourna rapidement la tête à droite, et lança un ordre à son fils qui à son tour décocha une volée de traits sur leur adversaire. La jeune femme dégaina ses dagues, et fondit sur le deuxième scarafeuille, lui entaillant la carapace.
« Fais diversion, Raiyhn ! »
Une flèche se planta à côté de l’animal et l’effraya. Cassiopée en profita pour lacérer l’ennemi, lui assénant coup sur coup, ne lui laissant pas le temps de comprendre ce qu’il lui arrivait. Elle lui trancha net la gorge, répandant un peu de son sang sur sa jupe. Puis, dans le mouvement, elle se retourna et décocha une autre volée de flèches sur le scarafeuille qui avait pris Raiyhn d’assaut.
« Finis-le !
-Bien, mère. »
Le fils décocha quelques flèches sur le monstre qui s’énerva et chargea. Par pur réflexe, il roula sur le côté, évitant le coup, et enflamma l’un de ses traits avant de le décocher. La flèche meurtrière fendit l’air et calcina un arbre avant de se planter dans la cuisse de la bestiole qui grogna de douleur et tomba à terre. Lentement, Raiyhn dégaina son épée et, savourant chaque moment, planta lentement la lame dans le corps chaud, déchirant tout sur son passage, ôtant la vie à cette créature affaiblie, un sourire aux lèvres.
Cassiopée accourut, effrayée par la scène qu’elle venait de voir, mais félicita tout de même son fils en lui tapotant l’épaule.

« C’est bien, Raiyhn. Tu te bats de mieux en mieux. Mais… reste sur tes gardes, ne perds tout de même pas trop de temps pour éliminer tes ennemis, tu t’exposes au danger…
-C’est toi qui me dit ça ? Regarde un peu la balafre que tu t’es payée au ventre… t’as rien à m’apprendre, maman. »

Cassiopée soupira en regardant son fils partir, une fois de plus, et tomba à genoux dans l’herbe. Depuis deux mois, il était devenu de plus en plus insolent, et de plus en plus cruel avec sa mère. Plus le temps passait, plus il devenait ingrat. Il passait le plus clair de son temps avec Arnev, car Cassiopée passait le plus clair du sien avec Cassi. Elle voulait montrer son amour à son fils, elle désirait plus que tout au monde lui apprendre son savoir et le faire suivre ses pas, comme Arnev lui avait demandé de faire, mais elle devait toujours faire passer sa reine en priorité, ce qui ne lui laissait que très peu de temps à passer avec lui. Il souffrait très certainement de cette absence, et il le lui faisait voir. Mais la jeune femme était désespérée, et ne savait plus comment réagir. Elle savait qu’elle était en train de le perdre, elle le voyait clairement qu’il était loin d’elle, mais elle ne savait pas quoi faire pour se rapprocher de lui. De rage, elle jeta une dague par terre, et s’allongea dans l’herbe, perdue dans ses pensées.

La Crakette se réveilla en sursaut, le soleil était en train de descendre, et des bruits de pas se faisaient entendre. Elle balaya la forêt du regard, et constata qu’elle s’était assoupie pendant plusieurs heures. Elle aperçut une silhouette à la lisière du bois, qui se dessina de plus en plus clairement, jusqu'à apparaitre devant Cassiopée : c’était sa sœur. Jadina s’assit près d’elle, et lui adressa un sourire réconfortant, puis parla d’une voix douce :
« Cassiopée… Qu’est-ce que tu fais encore ici ? Cassi a convoqué tout le CCC pour un entrainement général, tu devrais déjà y être… elle m’a envoyée pour te chercher… Tu es blessée ?
-Non, non, tout va bien, merci sœurette… J’arrive tout de suite, ne t’inquiète pas.
-Très bien, suis-moi dans ce cas. »

Les deux frangines se relevèrent, redressèrent leur jupe, passèrent un coup dans leurs cheveux emmêlés et se dirigèrent vers les montagnes, où le CCC en uniforme se tenait en rangs serrés, prêts à recevoir des ordres de Cassi. Cassiopée s’excusa rapidement auprès d’elle et d’Archess, puis se plaça dans les rangs, à côté de son fils, qu’elle salua sans obtenir de réponse. Cassi s’adressa à ses sbires :

« Très bien, nous formerons des groupes. Kumi, tu t’occupes de les former. Archess, Arnev, Cassiopée, Raiyhn, Jadina et moi, nous formons un groupe. »

Le clan répondit en chœur et se dispersa. Cassiopée rejoint son groupe, suivie de sa sœur et de son fils. Tous les six, ils partirent, l’arc à la main, à la recherche d’Abraknydes à tuer. Raiyhn, comme à son habitude, marchait à côté de son père, ignorant complètement sa mère. Cassiopée marchait avec sa sœur, échangeant des bavardages, et les deux sœurs royales ouvraient la marche. Le groupe avança dans la montagne, marchant sans répit, jusqu’à ce qu’ils trouvent une plaine dans laquelle une famille d’abraknydes avait fait son nid. Cassi agita faiblement la main, et les cinq Crâs se postèrent, prêts à faire feu sur son ordre, silencieux. La reine gela deux traits, qu’elle décocha simultanément. Le premier se planta dans un abraknyde, le deuxième dans un autre, ce qui les gela tous les deux instantanément. Elle leva le bras, et, ensemble, les cinq sbires se levèrent et abattirent une pluie de flèches sur les créatures restantes. Trois d’entre elles tombèrent. Cassiopée aperçut furtivement l’une d’entre elle charger dans la direction d’Archess, et hurla sans attendre pour la prévenir. La Crakette à la peau sombre se tourna et décocha une flèche qui pénétra dans son assaillant et explosa à l’intérieur, le faisant imploser avec. Il fut détruit immédiatement. Cassi cria un ordre, et les cinq archers se stoppèrent. Ils dégainèrent leurs armes de corps à corps, et fondirent ensemble sur les créatures restantes, balayant toute forme de vie sur leur passage. Dans des grognements déchirants, la crème du Cra Caille Clan éradiqua les abraknydes un après l’autre. Au bout de quelques minutes de combat acharné, Cassi ordonna à ses sbires d’arrêter. Cassiopée, légèrement essoufflée, rengaina ses dagues meurtrières et regarda le massacre. La plaine était jonchée de cadavres, restes d’une bataille-éclair qui avait été remportée sans aucun dégât par les Crâs, comme d’habitude. Le groupe s’installa, sur l’ordre de Cassi, afin de se reposer un peu.

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MessageSujet: Re: [BG] Cassiopée   Lun 4 Juin - 22:47

ArchessNey s’approcha lentement de Raiyhn, et parla avec lui à voix basse. Cassiopée le remarqua, et, inquiète, se leva et marcha les rejoindre. Elle s’inclina devant Archess, pour lui témoigner son respect, et lui parla d’une voix posée :

« Je ne sais toujours pas ce que vous désirez savoir de mon fils, madame. »

La crakette à la peau sombre sourit et se retourna vers sa nouvelle interlocutrice. Elle lui fit face, la dominant de sa taille, de son âge et de son expérience. Elle la fixa dans les yeux, de façon très déstabilisante, et répondit :

« Eh bien soit. Si tu désires tant que ça connaitre la vérité, je vais te l’expliquer. Tu es une mauvaise mère, Cassiopée. Tu ne t’occupes pas de ton fils, et il est entièrement d’accord avec moi. Avec l’autorisation de Cassi, je vais te l’enlever, pour l’élever à ma manière, comme un vrai fils. Il ne sait pas se comporter, il crache sur l’honneur Crâ et sur ta propre famille. Oublie-le, et laisse le moi.
-NON ! »

Le hurlement échappa des lèvres de la jeune femme. Son visage était crispé par la haine, elle serra les poings et répondit d’une voix forte et menaçante :

« Tu n’as pas le droit de me voler mon enfant ! Je serais une bonne mère, je SUIS une bonne mère, c’est simplement cet enfant qui est ingrat et qui ne se rend pas compte des sacrifices que j’ai enduré pour lui ! Ne me vole pas mon fils, ArchessNey, ne me vole pas mon sang ! »

Raiyhn s’avança à son tour, et dévisagea sa mère, un rictus aux lèvres. Il cracha par terre, devant ses pieds, et se planta derrière ArchessNey avec un air de dédain. L’expression du visage de Cassiopée passa de la haine au dégout profond. Elle serra ses poings plus forts et fondit sur Archess. Elle ne la laisserait pas voler sa vie ainsi. Des bras puissants l’arrêtèrent, l’empêchant de bouger. Elle se débattit violemment, voulant à tout prix faire lâcher prise à son adversaire qui la retenait avec une aisance perturbante. Archess, toujours souriante, fit demi tour, et d’un signe de la main ordonna à Raiyhn de la suivre. Ils s’éloignèrent de la plaine, sous les cris et les injures désespérés de Cassiopée. Elle continuait de se débattre, hurlant qu’on lui avait volé sa vie et que personne ne faisait rien pour l’arrêter, jurant qu’elle tuerais de ses mains la femme qui avait osé lui voler son propre fils, et à force de coups et d’insistance, elle parvint à se libérer. Cassi lui ordonna de ne pas bouger, mais la jeune femme ne prêta pas attention à elle et s’élança à la poursuite du ravisseur et de son fils. Elle les rattrapa une centaine de mètres plus loin, et sauta sur ArchessNey. La sœur royale rejeta la jeune Crakette, et la fit percuter le sol. Elle posa un genou à terre et plaqua son deuxième sur la cage thoracique de sa victime, lui coupant le souffle et l’empêchant de remuer sous la menace de lui briser toutes les côtes. Ses yeux étaient brillants, un sourire était fixé sur ses lèvres. Cassiopée était obnubilée par ce regard, elle ne vit même pas son fils rire aux éclats. Archess parla alors, d’une voix blessante et cruelle :

« Ne t’avise plus de m’attaquer. Jamais tu ne reprendras ton fils, enfonce-toi ça dans le crâne ! »

Elle écrasa son poing contre le front de Cassiopée, et insulta Arnev qui accourait, le traitant de faiblard et lui reprochant d’avoir laissé partir sa captive. Arnev s’excusa et plaqua Cassiopée au sol en lui lançant un regard compatissant. ArchessNey et Raiyhn firent demi-tour. De tout son souffle, Cassiopée hurla le nom de son fils, mais il ne se retourna pas. Elle hurla encore, et encore, mais Archess et lui s’éloignaient imperturbablement. En se débattant à nouveau, elle hurla une dernière fois avant d’être agitée de sanglots. Elle arrêta de se débattre et supplia à voix basse ArchessNey de revenir, mais elle n’en fit rien et disparu de son champ de vision. Cassiopée se recroquevilla et pleura. Elle tremblait de tout son corps, et semblait inconsolable. Arnev s’éclipsa, laissant sa place à Jadina, qui se coucha près de sa sœur, pour pleurer avec elle.

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MessageSujet: Re: [BG] Cassiopée   Lun 4 Juin - 22:50

Chapitre vingt-et-unième : affrontement


Cassi s’approcha de son disciple en larmes et s’accroupit. Elle lui empoigna le col et la tint à sa hauteur, la fusillant de son regard glacé. Sans prévenir, elle attrapa son cou et la souleva au dessus du sol, lui coupant le souffle. Elle plaqua la jeune femme qui se débattait vainement contre un arbre, et la frappa. Un coup de poing net, dans le nez, lui brisant l’os et aspergeant un peu de son sang sur son propre visage. Cassiopée cessa de se débattre, et lança à sa reine un regard implorant, mais qui n’eut guère de réponse. Au lieu de la relâcher, Cassi la frappa à nouveau, plus violemment encore, et la laissa s’écrouler par terre, contre l’arbre tâché de sang.

« Ne traite plus jamais un membre de la famille royale ainsi, Cassiopée. Je serais moins clémente, la prochaine fois, et tu pourrais le regretter. »

Cassiopée laissa échapper un sanglot, et releva ses yeux humides vers sa maitresse qui la fixait d’un regard mauvais.

« Elle m’a volé mon sang… mon fils… je… »

Le visage de Cassi se crispa sous la colère, et la reine frappa à nouveau son disciple. Cette fois, elle reçut un violent coup de pied dans les côtes, ce qui lui arracha un hurlement. Arnev ne broncha pas. Jadina serra les poings, et emmagasina sa colère, l’empêchant d’éclater.

« Rends-le moi… je t’en prie…
-Tu sais bien que je ne peux pas faire ça, Cassiopée. ArchessNey a pris ça décision, et elle a eu raison. Ton fils n’a pas sa place à tes côtés. Accepte cette réalité, et cesse de toujours vouloir lutter contre ce qui t’es supérieur. »

Cassi passa sa main sur la joue humide de son disciple, et essuya le sang qui coulait de son nez brisé. La jeune femme tremblait, sanglotant, refusant au plus profond d’elle de cesser de lutter contre ce qu’elle estimait injuste. D’une voix crispée, surpassant ses peurs et ses inquiétudes, elle déclara :

« Jamais tu ne pourras me prendre le peu de ma vie qu’il me reste. Je ne te laisserais pas faire. Je récupèrerais mon fils. »

Comme elle s’y attendait, elle reçut un nouveau coup de pied dans les côtes. Mais ce coup de pied était plus puissant que ce qu’elle avait pu imaginer. Une douleur immense s’empara de son corps, la paralysant. La peur lui dévora les entrailles. Mais à son grand soulagement, Cassi se contenta de secouer la tête et de faire signe au reste du groupe de la suivre, abandonnant Cassiopée à sa douleur.

La solitude se fit sentir, et dans un effort intense, elle se releva, son bras sur le ventre, redoutant que ses côtes soient à nouveau cassées. Mais heureusement, la douleur s’apaisait lentement. Elle se traina jusqu’au port abandonné de Sufokia, là où Cassi avait déjà tenté de la tuer lorsqu’elle s’était rebellée contre son oppression, et s’installa au bord de l’eau. Elle attrapa un caillou, et le lança dans l’eau, répandant une onde de choc autour de l’impact. Le silence régnait. Un silence pesant et intense, propice aux réflexions. Raiyhn était définitivement parti. Plus rien ne le forcerait à revenir, et elle ne pouvait pas aller le chercher, de peur de Cassi et de ses représailles. Mais elle venait de perdre le fils divin, l’héritier de Crâ, le véritable Elu, et c’était inadmissible, car elle avait échoué. Elle n’avait pas le droit d’échouer, mais elle l’a fait, et maintenant, le fils de Crâ se promène avec l’une des sœurs de Cassi, et c’était l’une des pires choses qui puisse arriver. Qui sait ce qu’ArchessNey lui inculquera ? Qui sait ce qu’il fera pour elle ? Un sentiment d’angoisse la pénétra, et la sorti de ses pensées. Elle balaya le port du regard, et aperçut une silhouette. Elle se leva, dégaina une dague et se tint prête pour accueillir l’intrus. La silhouette continuait d’avancer, puis, soudain, se stoppa net. Une vois mesquine se fit alors entendre, voix que Cassiopée reconnut aussitôt :

« Coucou, maman. »

La mère rangea sa dague, et, tremblante, s’approcha de son fils et lui adressa un regard reconnaissant.

« Mon dieu, Raiyhn… je n’arrive pas à croire que tu me quittes… Je t’en prie, reviens, tant qu’il est encore temps… tu ignores ce dont la famille royale est capable, tu regretteras ton acte, je t’en conjure, écoute-moi !
-Tu ne comprends rien, maman. Au moins, j’ai maintenant une mère qui m’aime. Elle m’apprend son art, et elle est plus grande archère que toi et moi réunis ne le seront jamais ! Je vais suivre ses pas, et faire ce qu’elle me demandera. Elle m’a promis la gloire, la puissance et le triomphe en échange de mon obéissance ! Elle m’apportera ce que jamais tu ne pourrais m’apporter. »

Cassiopée serra les poings, blessée par les remarques cruelles de son fils, et fit un effort pour prendre sur elle. Elle inspira profondément, et répondit d’une voix calme et douce, d’une voix maternelle :

« L’amour qu’elle t’as promis n’est qu’une illusion, mon fils. Jamais tu ne combleras le fossé que tu es en train de creuser entre nous, car jamais tu ne connaitras l’amour maternel, le véritable amour maternel. Crois-moi, je parle avec expérience, je sais que rien n’est plus dur que de manquer d’amour parental.
-De toutes façons, tu n’en éprouves aucun pour moi…
-Ne dis pas de sottise, mon fils. Je t’aime, tu es mon sang, ma chair, je t’aime plus que tout au monde, et je ne veux pas que tu t’en ailles.
-Alors tu aurais du me le montrer, c’est trop tard maintenant.
-Raiyhn, je t’en prie, il n’est jamais trop tard. Ton père…
-NE MELE PAS MON PERE A CES HISTOIRES ! »

Subitement hors de lui, Raiyhn fondit sur sa mère et la frappa de plein fouet, la plaquant contre une pile de caisses qui s’écroula sous le choc. Cassiopée, les muscles endoloris, se releva immédiatement et dévisagea son fils.

« Ne me frappe pas, fils ! »
Raiyhn haletait, sa respiration lente et saccadée laissait paraître sa haine pour sa mère. Il attrapa son arc et aboya :

« Ne m’appelle plus « fils », à présent, tu n’es plus ma mère ! Je te hais ! Je te déteste, et je te tuerais !
-Espèce de petit insolent imbécile ! »

Raiyhn cracha par terre et encocha une flèche, visant sa mère. Cassiopée ricana, et lui conseilla de ne pas la sous-estimer. Mais Raiyhn était pris d’une rage soudaine et incontrôlée. Il lâcha son arc et fondit sur sa mère, lui asséna plusieurs coups de poings au visage, lacérant sa peau déjà meurtrie, frappant sur ses os déjà brisés, ce qui lui arracha un cri de douleur. Cassiopée repoussa son fils, mais ne riposta pas. Elle se refusait de le frapper, sa chair, le morceau d’elle-même qu’elle chérissait tant. Les yeux de Raiyhn devinrent étrangement rouges, et il entra dans une rage noire. Il chargea à nouveau, et agrippa sa mère. Elle tenta de le repousser, mais il avait une force nouvelle et impressionnante, et toutes ses tentatives de fuite se retrouvèrent vaines. Elle se retrouva plaquée au sol par son propre fils, qui leva le poing, prêt à l’écraser dans le visage ensanglanté de sa mère.

« Raiyhn, je t’en prie, calme-toi…
-Tu m’empêche de vivre ! Tu es constamment sur mon dos, et tu ne me montres que de la pitié ! Je te hais ! Je te hais !! »

Les coups tombèrent, un par un, dans une pluie infernale et douloureuse. A chaque impact, Cassiopée retenait un cri, une exclamation, un grognement ou même une larme. Elle se crispa complètement, immobilisée par son fils, condamnée à subir sa colère jusqu'à ce qu’il décide lui-même qu’il en avait assez. Il la frappa pendant des minutes et des minutes, le temps paraissait infini. La douleur était répartie dans tout son visage, elle sentait qu’il arrachait des lambeaux de chair en la frappant sur des plaies déjà ouvertes. Elle serra les poings, se planta ses propres ongles dans sa main, pour retenir un cri. Elle ne devait pas montrer qu’elle souffrait. Elle tenta de se débattre, dans une ultime tentative de survie, mais il la tenait fermement, et il l’empêcha de bouger tout en la criblant de coups. Au bout d’un long moment, il se calma enfin, laissant de sa mère un visage ensanglanté et abîmé. Cassiopée était saisie de spasmes, et tenta d’ouvrir les yeux mais ne comprit pas ce qui se passait. Raiyhn s’était levé, et marcha jusqu'à son arc qu’il avait laissé deux mètres plus loin. Il l’attrapa et réajusta la flèche qu’il avait déjà encochée.

« Redresse-toi, maman, on dirait une loque, un cadavre ambulant. Un peu de dignité, s’il te plait. »

Cassiopée ne réfléchit pas, et obéit. Elle ne tenait pas particulièrement à ce qu’il la refrappe. Elle se redressa et tenta tant bien que mal de se caler contre une caisse en bois. Un frisson la fit frémir, lorsqu’elle se rendit compte qu’elle revivait exactement la même scène, mis à part que c’était son propre fils qui se tenait devant elle, et non Cassi. Raiyhn tendit son arc et décocha une flèche qui se planta dans la cuisse de sa mère, lui arrachant son premier cri.

« Regarde, maman ! Regarde ce que je suis devenu, regarde ce qu’Archess m’a déjà appris ! Imagine ce dont je serais capable lorsque je vivrais avec elle, et qu’elle pourra m’éduquer ! »

Il décocha une nouvelle flèche, qui se planta dans l’épaule de la jeune femme qui ne put retenir un râle de douleur. Raiyhn se mit alors à rire, un rire de dément, mêlé à de la haine dans sa voix, et s’exclama :

« N’essaye pas de me retrouver. Jamais. Adieu, maman »

Il tira un dernier trait dans le genou de sa mère, pour l’immobiliser, et prit la fuite. Cassiopée, dépitée, agonisante, serra les dents et retira d’un coup sec la flèche plantée dans son genou. Elle fit de même avec les deux autres, et resta là, le visage déchiré, les muscles endoloris et lacérés par les flèches, faisant le deuil de son fils, qu’elle venait de perdre à jamais. Mais elle fut rapidement rappelée à la réalité par une douleur aiguë dans les jambes. Elle baissa la tête et jeta un œil à ses membres endoloris, pour constater qu’elle se vidait de son sang. Effrayée, elle tenta de remuer, mais la douleur la plaquait au sol, et elle ne put que vaguement bouger une jambe. Inutile d’espérer pouvoir se relever. La panique tenta de l’envahir, mais elle la refoula et se concentra sur les solutions dont elle disposait pour se sortir de cette situation. Mais elle eu beau la tourner et la retourner dans tous les sens, elle se rendit compte qu’elle était coincée ici, condamnée à se vider de son sang. Une vague d’impuissance l’envahit, et lui rongea les entrailles. Elle tendit le bras, et parvint à attraper son sac, dans lequel elle trouva sa cape. Elle la déchira en lambeaux et se fit un garrot à chaque jambe. Mais elle était consciente que le temps lui était compté. Plus les minutes passaient, plus elle se rapprochait de l’instant fatidique de la perte de conscience. Elle se mit en tête de rester éveillée coûte que coûte, mais la fatigue s’empara rapidement d’elle. Ses yeux se faisaient de plus en plus lourds, tout se mit à tourner autour d’elle, et elle plongea dans un état léthargique profond. Elle se sentit extérieure à elle-même, comme si elle n’était plus qu’une conscience dans un corps inerte. Non, elle ne devait pas dormir. Il fallait qu’elle tienne. Il le fallait. La mort se rapprochait de plus en plus, inévitablement. Elle ne tiendrait plus longtemps. La douleur faiblissait lentement, jusqu'à disparaitre. Elle ne sentait plus rien. Le vide s’empara de son esprit, balayant la lumière de sa conscience, l’emportant loin du monde. Tout était noir.

** ** **


Loin, très loin, une bribe de voix. Etais-ce la réalité, ou simplement son imagination ? Qu’est-ce qui était vrai ? Impossible de le dire. Deux mains chaudes se posèrent sur le visage lacéré de Cassiopée, réveillant la douleur, et l’extirpant du néant. La jeune femme sursauta, émergeant, haletante, et identifia sa sœur, qui était en train de lui défaire les garrots. Combien de temps avait-elle dormi ? Combien de temps était-elle restée à demi morte ? Elle tendit lentement sa main, et toucha celle de sa sœur. Dans un effort, ses lèvres formèrent difficilement un sourire, sourire auquel sa sœur répondit immédiatement.

« Je savais que tu viendrais ici. C’est ici que Cassi a tenté de te tuer, n’est-ce pas ? »

La voix de Jadina réconfortait Cassiopée, même si elle ne pouvait répondre à ses questions. Faiblement, elle acquiesça. Jadina ne lui en tint pas rigueur, et continua imperturbablement de panser les blessures de sa sœur tout en lui parlant.

« Tu es irrécupérable. Pourquoi t’attires-tu toujours des ennuis ? Bon sang, dis moi, qui a bien pu te mettre dans un état pareil ? Et arrête de remuer, tu m’empêches de te soigner correctement. »

A ces mots, des larmes emplirent les yeux de Cassiopée. Son propre fils. C’était son propre fils qui l’avait laissée à moitié morte, gisante dans son sang sur le sol dur de Sufokia. Son propre fils qui l’avait abandonné, qui était parti avec ArchessNey, cette femme. Cette femme qu’elle jura de tuer de ses mains, dès qu’elle le pourrait. Mais comment le fils de Crâ pouvait-il être aussi violent de nature ? Comment le divin pouvait-il abandonner sa mère et suivre la sœur de l’élue ? Pourquoi était-il avide de pouvoir et de puissance ? Etait-il réellement à l’image de sa déesse ? Crâ n’était pas ce genre de personne. Crâ avait de l’honneur, Crâ était bonne et compréhensive. Effrayée, Cassiopée fut prise d’un doute : Arnev pouvait-il se tromper ? Non, bien sur que non, il ne se trompait jamais. Cet enfant était bien le fils de Crâ. Cassiopée avait échoué. Elle se laissa bercer par la voix chaude de sa sœur, et se laissa soigner. Elle ferma les yeux, cala sa tête contre son sac et s’endormit. Elle était sauvée. Sauvée par sa sœur.

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